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26 janvier 2011 3 26 /01 /janvier /2011 15:13

 

  LA_PORTE_DORPHEE_avec_A18FEm_1293100274.jpg

 

 

…Encore une lecture que je dois au site Blog-o-Book, en partenariat avec les éditions Michel Lafon, et je les en remercie vivement !


Octobre 1963 : Chandler Forrestal, jeune étudiant fauché, n'aurait jamais dû entrer dans ce bar. Il n'aurait jamais dû parler à cette belle brune, ni lui offrir un verre. Car la CIA l'a choisi comme cobaye d'une « expérience » destinée à tester les effets du LSD sur l'esprit humain. Forrestal en ingère une dose massive, et développe d'effrayants pouvoirs psychiques : hyper-vigilance, lecture dans les pensées, prise de contrôle du cerveau, ou capacité à provoquer des hallucinations… Il dévoile ainsi un complot visant à assassiner le président Kennedy. Forrestal devient l'homme à abattre.


Voici un livre très attendu en librairie apparemment – j’en ai vu plusieurs exemplaires dans ma petite librairie de province -, dont l’auteur est le scénariste de la série Heroes, Tim Kring, aidé par Dale Peck.

C’est un livre qui part d’une idée originale et d’ailleurs bien exploitée par l’auteur : celle que le LSD aurait pu être sciemment utilisé par les services secrets pour manipuler le monde (au sens large !) dans les années 60 aux Etats-Unis. C’est d’ailleurs pour cette idée que le livre m’a intéressée : comment en effet conditionner un scénario à partir de là ? Et comment traduire littérairement un trip sous LSD ?

Puisque le thème des « paradis artificiels » a déjà été abordé par de très grands auteurs – Baudelaire, Cocteau, Michaux…- que j’apprécie, j’étais très curieuse de voir ce que cela donnerait sous la plume d’un spécialiste en scénarios, et dans un contexte plus proche de nous. D’ailleurs, en parlant du contexte,  il est question de grandes dates de l’histoire des Etats-Unis : la crise de Cuba, la Guerre Froide en général, le mandat de Kennedy, ses liens avec la mafia et son assassinat… Pour goûter vraiment le livre, mieux vaut donc  se remettre tout cela en tête : le roman prend d’ailleurs alors un sympathique goût d’uchronie, même si cet aspect du livre est sans doute beaucoup moins frappant pour un lecteur français que pour un lecteur américain, qui, lui, connaît par cœur les théories autour de la mort de JFK.

Et j’ai justement beaucoup apprécié les « passages sous LSD », si vous me passez l’expression : ils donnent lieu à des images frappantes et délicieusement psychédéliques - j’ai particulièrement aimé les « voyages » que Chandler fait dans la pupille de Naz, fascinant personnage féminin, au début du roman… Ce sont des parties soignées, bien écrites, dont les images restent gravées longtemps après la lecture.

Le reste est plus classique, avec, comme souvent, deux narrations parallèles, l’une concernant Chandler Forrestal et l’autre, les agissements des services secrets. Les parties centrées sur Chandler sont très intéressantes, elles constituent à mon avis les meilleurs passages du roman : il est très beau de voir ce personnage se perdre peu à peu, et avoir des flashs de lucidité tragique. Le reste est de qualité mais moins original : il s’agit de complots politiques, menés ou combattus, entre autres, par la CIA, avec toute une équipe d’agents secrets plus ou moins terrifiants – parmi lesquels le terrifiant Melchior, très réussi, et la redoutable tenancière d’une maison de passe de luxe, Mme Song. Si les personnages sont généralement intéressants, l’intrigue elle-même m’a moins passionnée, sans doute en partie parce que le contexte historique dont il est question m’est assez indifférent.


En bref, La porte d’Orphée est une lecture agréable ; c’est un livre bien construit, bien scénarisé, avec de beaux passages lorsque l’on suit le personnage de Chandler Forrestal, mais ce n’est tout de même pas un livre extrêmement marquant, peut-être à cause de l’intrigue peu originale, bien que plutôt réussie, autour des services secrets et de la réécriture de la théorie du complot autour de Kennedy.

 

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22 janvier 2011 6 22 /01 /janvier /2011 17:17

            le-mystere-napoleon-image.gif

 

 

            Blog-O-Book a organisé, en partenariat avec les éditions du Cherche-Midi un partenariat consacré à l’auteur Steve Berry, auteur de thrillers historico-ésotériques, genre dont je suis particulièrement gourmande... Par le résumé alléchée, j’ai postulé et ai donc reçu le Mystère Napoléon, dernier livre de l’auteur… Et j’en remercie chaleureusement BoB et les éditions du Cherche-Midi !

   

             Le résumé, comme je le disais, m’a paru prometteur :

             Lors de sa mort en 1821 à Saint Hélène, Napoléon emporta dans sa tombe bien des secrets. Durant ses années de conquête, il avait en effet mis la main sur de nombreuses richesses mais aussi sur des archives occultes. En particulier celles du Vatican et des Chevaliers de Malte. C’est à la quête d’un des secrets de l’Empereur, peut-être le mieux gardé, que se lance cette fois Cotton Malone. Pour quelles raisons Napoléon a-t-il, peu de temps avant sa mort, demandé à son fidèle serviteur Saint Denis de remettre à son fils un ouvrage consacré aux Royaumes Mérovingiens ? Quels sont les secrets que renferme ce livre ? Et qu’en est-il de ces mystérieux documents que se sont disputés dans le plus grand secret l’Empereur et son ancien complice, devenu son ennemi juré, le Comte Pozzo di Borgio ? Du Paris historique à la Tour Santa Maria au Cap Corse, en passant par un mystérieux château de la Loire, Steve Berry nous propose encore une fois un fabuleux voyage en compagnie de Cotton Malone, plein de mystères, d’énigmes et de retournements.


En lisant cela, on s’attend à aller d’énigmes en énigmes, à apprendre des secrets historiques insolites (et plus ou moins véridiques, mais là n’est pas la question), à se creuser la tête pour décoder des textes anciens…mais, malheureusement, ce livre ne tient pas vraiment ses promesses à mon sens.

D’abord, les thèmes abordés vont dans tous les sens : Napoléon et les Pyramides, les Mérovingiens, le 11 septembre et les actions en bourse de Ben Laden , la tour Eiffel, un complot mondial visant à garantir aux plus grandes fortunes du monde la possibilité de spéculer à l’envi sans être repérable, la basilique Saint-Denis, et j’en passe…Mais qui trop embrasse mal étreint, et les liens entre ces différents éléments sentent l’artifice : tout finit par concorder, mais au prix de certaines lourdeurs. Autre défaut lié à cette grande variété de thèmes : rien n’est développé en profondeur, et on a bien souvent l’impression d’en rester à des a priori et de n’aller pas tellement plus loin que ce qu’une page Wikipedia pourrait nous proposer…

De plus, les énigmes sont finalement très peu nombreuses, répétitives, simplissimes et, du même coup, très rapidement résolues : les personnages rencontrent trop peu d’obstacles dès que les processus de résolution sont enclenchés, et le lecteur qui s’attendait à des énigmes érudites, tortueuses et passionnantes n’a plus qu’à  crier famine…

        En ce qui concerne la narration, on retrouve un procédé classique de ce genre de récits : plusieurs fils narratifs, concernant chacun un personnage différent, qui finiront par se rejoindre. Cela est plutôt clairement mis en place dès le début et ne pose donc pas de problème de compréhension, mais les personnages manquent de profondeur, si bien que l’on a vite fait de les mélanger… mais j’avoue avoir survolé rapidement certains passages ! Ce survol est dû au nombre de scènes d’action, entre attentats manqués et fusillades en lieux saints, qui manquent cruellement d’intérêt et sont surtout racontées d’une manière extrêmement plate…Comment peut-on dénouer un suspense de quinze pages par une phrase telle que « La bombe explosa. » ? (je ne gâche aucun suspense, vous croiserez plusieurs bombes au cours de la lecture…)

Car le style de l’auteur donne vraiment l’impression d’avoir été lu mille fois auparavant. Les ficelles stylistiques qu’il emploie sont grosses comme le bras : par exemple, l’illusion de l’action est créée par des phrases très courtes avec retours à la ligne systématiques…ou alors, on ménage un moment de silence des personnages avant une grande révélation, avec retours de ligne également… L’auteur semble également affectionner la narration en micro-paragraphes avec changements de points de vue…Cela fonctionne, sauf quand il raconte pour la seconde fois une scène, du point de vue d’un autre personnage, alors qu’il vient d’en donner le dénouement dans la première version !

Enfin, et c’est ma minute chauvine, j’ai trouvé le texte truffé de préjugés ou de connaissances superficielles sur la France … J’ai particulièrement aimé cette phrase, fournissant une description saisissante de la banlieue parisienne : « En-dessous s’étendait un vaste ensemble de champs, de forêts, de villages et de routes, typiques du paysage des environs de Paris. »… (et pourtant j’ai grandi non loin de la vallée de Chevreuse, où les arbres ne manquent pas !). Paris semble ici être un argument de vente pour le public américain – le titre original est The Paris Vendetta – mais Steve Berry ne semble pas avoir grand-chose à dire de cette ville par ailleurs.


D’une manière générale, on a l’impression que l’auteur a associé un peu au hasard des éléments disparates – c’est l’une de ses manières de travailler, il le dit lui-même dans sa note finale – en se donnant pour but de créer un lien romanesque entre eux, mais qu’il en est resté à une connaissance superficielle de ces éléments, qui ne permet pas de créer un roman convaincant et marquant. Si l’on associe cela à l’absence totale de style et à l’ennui qu’ont suscité chez moi les innombrables et interminables scènes d’action, on arrive à un roman que j’ai trouvé franchement décevant, à mille lieues des thrillers ésotériques érudits, complexes et réellement écrits d’autres auteurs…Je tenterai peut-être, cela dit, de lire d'autres livres de Steve Berry, la trame du Mystère Napoléon tournant autour du thème du monde de la finance et de ses dérives, sujet qui ne me passionne guère...En tout cas, je renouvelle mes remerciements à Blog-O-Book et aux éditions du Cherche-Midi pour ce partenariat ! 

 

Je vous invite à aller lire l'avis, plus positif, de l'Irrégulière, qui connaît mieux Steve Berry que moi !

 

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21 janvier 2011 5 21 /01 /janvier /2011 18:07

Allez, encore un texte extrait des Contes glacés...

 


 

Le rien

 

La scène ne représente rien. L'action ne se passe nulle part. D'ailleurs, il n'y a pas d'action. Il n'y a pas non plus de personnages. Bien entendu, ils ne disent rien.

Le rideau ne se lève pas encore, car il est chez le teinturier.

Il est difficile de dire si la salle est vide ou pleine : elle n'a pas encore été construite. Pour l'instant, il n'est pas question de la construire. Le sera-t-elle un jour ? Qui sait ?

Quant à l'auteur qui, ce matin, avait décidé d'écrire la pièce, il vient de mourir cet après-midi.

 

 

 

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20 janvier 2011 4 20 /01 /janvier /2011 17:26

 

 

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Méfiez-vous. Ce livre va vous donner envie de croquer des oignons crus. De creuser des trous de 1 mètre 50 de diamètre et de profondeur. D'escalader une montagne. De respirer vos vieilles baskets. De mettre du rouge à lèvres avant de partir à la poursuite de vos ennemis. De tout savoir sur l'existence oubliée de votre arrière-arrière-arrière-grand-mère. Et ce, même si vous haïssez les liliacées, même si vous détestez l'alpinisme et les travaux forcés, même si vous avez les cosmétiques en horreur autant que les odeurs de pieds, et même si la généalogie et les histoires de famille vous indifférent profondément. Maintenant, pour échapper à tout cela, c'est simple. Il vous suffit de ne pas imiter les centaines de milliers d'adolescents américains qui ont déjà plébiscité ce livre, et de ne jamais l'ouvrir.

 

Voici un drôle de roman jeunesse ! Drôle dans tous les sens du terme, d’ailleurs…

 

Le Passage raconte l’histoire de Stanley Yelnats, un adolescent incroyablement poissard, que l’on envoie au camp de redressement du Lac Vert pour avoir volé les baskets – malodorantes, en plus !  – d’une star du base-ball, crime dont il est d’ailleurs innocent. Le Camp du Lac Vert est en réalité un gigantesque désert, et les travaux forcés auxquels Stanley va devoir se plier consistent à creuser des trous d’1m50 de diamètre sur 1m50 de profondeur. Cela tombe bien, c’est exactement la longueur de la pelle fournie aux garçons. Un trou par jour, telle est la règle, et nul ne quitte le chantier avant d’avoir fini… Cet étrange travail est ordonné par le mystérieux « directeur » du camp, dont on ne voit généralement que les sous-fifres, parmi lesquels le terrifiant Mr Monsieur, mais tous les garçons s’y plient docilement sous peine de sévères sentences, sans savoir à quoi ces trous pourront bien servir. Aucune évasion ne semble d’ailleurs possible : le désert est infesté de lézards jaunes, dont la morsure est mortelle, et, de toute façon, il n’y a pas d’eau à des kilomètres à la ronde…

En parallèle nous est racontée l’histoire de l’arrière-arrière-grand-père de Stanley, qui a condamné toute sa descendance à la malchance en omettant de tenir une promesse fait à une vieille gitane, et de sa rencontre avec une certaine Katherine Barlow, ancienne institutrice dont l’amour de jeunesse, un jeune homme noir, avait été lynché par les habitants de son village, et qui décida alors de devenir une sorte de Calamity Jane, tuant les hommes par ses baisers…  

Bien sûr, les deux intrigues vont se rejoindre, d’une manière à la fois logique et inattendue, une fois que Stanley aura décidé de s’évader du camp en compagnie d’un autre garçon, surnommé Zéro…

 

                Le premier attrait de ce roman jeunesse réside dans son côté déjanté : le livre fourmille d’idées toutes plus loufoques les unes que les autres – les baskets puantes comme objet du délit de Stanley, les surnoms des camarades de Stanley au camp, les terrifiants lézards jaunes, le régime à base d’oignons crus (point important du livre…je n’en dis pas plus !)…

                D’autre part, c’est un livre habilement construit, avec plusieurs niveaux de narration très bien articulés entre eux et des allers-retours constants et naturels entre le passé (l’arrière-grand-père de Stanley et Katherine Barlow) et le présent (ce qui se passe au camp du Lac Vert). Cela rend le récit plus dynamique et intrigant, et c’est très réussi.

                Mais c’est aussi et surtout un roman initiatique très original : il délivre des messages profonds, sur l’amitié, l’engagement, l’intégrité, sans jamais paraître moralisateur mais au contraire en suggérant toutes ces idées sur fond de loufoquerie… Un livre à la fois léger et profond, donc, divertissant et marquant, à offrir aux ados de notre entourage en négociant avec eux une clause d’emprunt !

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20 janvier 2011 4 20 /01 /janvier /2011 16:46

lejeudicestcitation

 

 

 

...Pour faire écho à mon billet précédent, voici une citation extraite de La Caverne des Idées de Somoza :

 

"Lire n'est pas réfléchir seul [...] : lire c'est dialoguer ! Mais le dialogue de la lecture est un dialogue platonique : ton interlocuteur est une idée."

 

 

 

 

 


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19 janvier 2011 3 19 /01 /janvier /2011 14:27

         

LaCaverneDesIdees.jpg

 

 

 

 

  Un éphèbe est retrouvé mort dans les rues d'Athènes. Son ancien mentor à l'Académie sollicite les services d'un fin limier : Héraclès Pontor, le déchiffreur d'énigmes. Le philosophe platonicien et cet Hercule Poirot à l'antique s'emploient avec passion à trouver la Vérité et, accessoirement, le coupable. Car la joute philosophique se superpose à l'investigation policière, tandis que les crimes s'enchaînent. 

           L'histoire de ces crimes est aussi l'histoire d'un manuscrit qu'un traducteur retranscrit sous nos yeux, l'annotant inlassablement en pensant l'éclairer, ignorant que son destin de personnage est d'établir la revanche de la littérature sur la philosophie, de démontrer que seule la fiction contient toutes les vérités du monde.

 

          …Je crois qu’il s’agit là d’un des mes plus grands coups de cœur de lectrice ! La Caverne des idées est un livre incroyablement malin et original, jubilatoire du début à la fin, et qui ne ressemble à aucun autre (quoiqu’on pourrait le rapprocher, en prenant des pincettes, de certaines nouvelles de Borges, ou de la Maison des Feuilles de Danielewski)...Autant vous le dire tout de suite : il me semble impossible de le résumer d'une manière satisfaisante, mais voici quelques éléments qui, j'espère, vous encourageront à faire la seule chose qu'il y a à faire face à une telle merveille : lire ce livre !!


          La Caverne des Idées est d’abord un réjouissant thriller à la sauce grecque antique : un duo à la Laurel et Hardy, composé de l’obèse et ultra-rationnel Héraclès Prontor, dont le métier est Déchiffreur d’Enigmes (avec les majuscules s’il vous plaît !) et de celui qui l’emploie, Diagoras, professeur de la victime à l’Académie de Platon, enquête sur l’atroce meurtre d’un jeune homme, bientôt suivi d’autres crimes révélant l’existence de… certaines pratiques assez inattendues dans la Grèce blanche et pure que l’on imagine, mais dont je ne dirai évidemment rien de plus. Rien que cela vaudrait le détour, car l’intrigue est bien ficelée, intéressante, et, surtout, les personnages d’Héraclès et Diagoras incarnent deux branches très différentes de la pensée grecque, que l’auteur fait dialoguer d’une manière habile, à la fois comique et instructive : leur manière d’enquêter correspond toujours à leur manière de penser.


            Mais là où le livre devient franchement génial, c’est dans sa construction.

            En effet, le texte est continuellement annoté par son traducteur, fictif, dont on apprend qu’il cherche à perfectionner une première version exécutée par un autre traducteur du nom de Montalo. Ce traducteur décèle dans le texte, à la suite de ce fameux Montalo, un procédé (totalement inventé pour l’occasion d’ailleurs) appelé « eidésis », et consistant à dissimuler dans chaque chapitre une image dominante : le lecteur doit la détecter, rassembler les images cachées dans chaque chapitre pour accéder à une second niveau de lecture du texte, à une sorte de sens secret et occulte… Soit dit en passant, le mot « eidésis » est bien sûr formé sur « eidos », qui correspond en grec à l’Idée platonicienne : la Théorie des Idées de Platon sert en effet de fil rouge au livre, dont le titre est directement inspiré de l’Allégorie de la Caverne que présente Platon dans la République… Mais je reviens à mes « eidésis » : chaque chapitre va être réellement dominé par une image sans aucun rapport avec l’intrigue, et dont le traducteur fictif va nous aider à saisir le sens. Cela donne au lecteur la délicieuse impression de chercher un trésor caché parmi les pages du livre, et cela donne lieu également à des images singulières : des juments dévorant tranquillement de la chair humaine dans le jardin de l’Académie de Platon, par exemple…

         Autre élément génial, l’intrigue liée au crime et l’intrigue liée au traducteur vont petit à petit se rejoindre, d’une manière extrêmement troublante et brillante, pour en arriver à une réflexion magistrale sur la littérature…que le lecteur vit non pas comme une leçon mais comme une expérience de pensée inédite, directement liée d’ailleurs à la chasse aux « eidésis »…


       Je ne peux guère en dire plus sans en dévoiler trop – et j’espère que cette présentation est à peu près claire, c’est un livre très difficile à résumer à cause de sa construction labyrinthique et de l’expérience de lecture vraiment singulière qu’il propose -, mais, en un mot, il s’agit pour moi d’un livre unique, exceptionnel, à côté duquel il ne faut pas passer ! Et je pèse mes mots...

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16 janvier 2011 7 16 /01 /janvier /2011 15:36

          carmilla.jpg

 

 

 

 

          Dans un château de la lointaine Styrie, au début du XIXe siècle, vit une jeune fille solitaire et maladive.
          Lorsque surgit d'un attelage accidenté près du vieux pont gothique la silhouette ravissante de Carmilla, une vie nouvelle commence pour l'héroïne. Une étrange maladie se répand dans la région, tandis qu'une inquiétante torpeur s'empare de celle qui bientôt ne peut plus résister à la séduction de Carmilla... Un amour ineffable grandit entre les deux créatures, la prédatrice et sa proie, associées à tout jamais "par la plus bizarre maladie qui eût affligé un être humain". Métaphore implacable de l'amour interdit, Carmilla envoûte jusqu'à la dernière ligne... jusqu'à la dernière goutte de sang !


        En ces temps de bit-lit, où l’on croise – avec plaisir ! - des vampires à tous les coins de pages, pourquoi ne pas aller faire la connaissance de l’une de leurs ancêtres, la « charmante » Carmilla, héroïne d’un roman de  l’écrivain irlandais Joseph Sheridan Le Fanu, publié en 1871, soit vingt-six ans avant Dracula de Bram Stoker ?


         L’histoire nous en est racontée par son héroïne "humaine," la jeune Laura, qui coule des jours paisibles mais monotones dans la riche propriété de son père. Un soir, une diligence passe près du domaine, ses chevaux s’emballent et la voiture est accidentée…en sortent, sous les yeux de Laura et son père, deux femmes d’une beauté fascinante, Carmilla et sa mère. Carmilla, une jeune fille de l’âge de Laura, est blessée et doit rester au château : une amitié fusionnelle va alors s’installer entre les deux adolescentes. Oui, mais pendant ce temps, des jeunes filles meurent mystérieusement dans les environs : elles s’affaiblissent peu à peu et finissent par rendre leur dernier soupir dans un délire fiévreux… L’amitié des deux jeunes filles grandit, une amitié particulière : le désir de l’une pour l’autre est à peine dissimulé derrière quelques périphrases, leurs esprits s’enflamment, et c’est d’ailleurs un régal que de voir la prose si sage de Laura s’érotiser discrètement et malgré elle… Mais Laura commence à perdre elle aussi ses forces, elle fait des cauchemars terrifiants dans lesquels elle reconnaît en Carmilla une femme d’une beauté extraordinaire qui hantait ses nuits de petite fille, jusqu’à ce que l’on finisse par découvrir dans son cou deux petites morsures…


          Dans l’un des premiers romans vampiriques, tout est déjà là : le désir interdit, la lente déréliction d’un être innocent qui vit avec délices son avancée vers la mort, mais aussi un sublime univers gothique, fait de landes désolées, de chapelles en ruines, de vastes demeures silencieuses, et de femmes fascinantes et meurtrières. Ajoutons à cela que le lecteur contemporain, qui a déjà rencontré un certain nombre de vampires dans ses lectures, sait très bien ce qui attend Laura… : s’il n’éprouvera pas la surprise des lecteurs de l’époque qui ne connaissaient pas les vampires, il aura en revanche le plaisir pervers de voir se révéler peu à peu la nature réelle de l’emprise de Carmilla sur Laura… Un vrai délice sanguinolent, donc, servi par une écriture somptueuse, que les edwardolâtres ne manqueront pas d'apprécier !

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15 janvier 2011 6 15 /01 /janvier /2011 18:04

Plus exactement une heure, mais il s'agit toujours d'une expérience de lecture intéressante et sans effort... : je vous conseille vivement l'émission "ça peut pas faire de mal", qui propose des lectures d'extraits d'oeuvres souvent très bien choisies et un panorama intéressant de l'actualité littéraire.

 

Voici le lien pour réécouter l'émission d'aujourd'hui, consacrée à Philip Roth, un des mes auteurs contemporains préférés... :

 

http://sites.radiofrance.fr/franceinter/em/ca-peut-pas-faire-de-mal/

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14 janvier 2011 5 14 /01 /janvier /2011 16:44

       Il y a des livres impossibles à résumer, des livres fragmentaires, mais délicieux... C'est le cas des Contes glacés de Jacques Sternberg, un ensemble de courts textes dont certains sont de géniaux concentrés d'absurde. Comme j'aimerais vous faire découvrir ce genre d'oeuvres qui échappent au format de la chronique, j'en posterai régulièrement des extraits, dans la catégorie "Une minute de lecture".

 

 

Premier extrait : Contes glacés, Sternberg

 

 

contesglaces.gif


 

Le tapis

 

   " L'enfant avait placé une vaste caisse au milieu de la chambre et, depuis quelques heures déjà, il naviguait ainsi, brassant le vide, dégageant l'horizon enfui dans le mur, le tapis figurant l'océan, la caisse un voilier de fort tonnage.

 

    Vers six heures, comme chaque soir à cette heure, le père rentra du travail.

 

   Il pénétra dans le salon, il eut le temps de désapprouver l'idée de son fils, il atteignit à cet instant le tapis, coula à pic et se noya."

 

 

 

 

 

 


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14 janvier 2011 5 14 /01 /janvier /2011 15:06

 

 

 

 

 

Allez, je me lance dans mon premier challenge de lecture grâce à Livraddict et à l'idée de Nodreytiti : il s'agit de lire les livres qui ont fait l'objet d'adaptations au cinéma...et de faire une double chronique livre + film.


C'est un challenge sans limite de temps dont les inscriptions peuvent se faire jusqu'au 31 janvier. Nodreytiti a d'ores et déjà établi quatre catégories de lecteurs :

- 1 livre : petit joueur

- 3 livres : peut faire mieux

-  5 livres : encore un petit effort

- 7 livres ou plus : the best

 

Les chroniques seront publiées sur le blog de chaque participant, avec bien sûr un lien sur le blog de Nodreytiti, que vous trouverez ici : Clic !

Vous pouvez également passer par ce lien pour vous inscrire !

 

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Pour l'instant, voici les livres/films que j'envisage de chroniquer :

- Dracula, Stoker/Coppola

- Shutter Island, Lehane/Scorsese

- Mystic River, Lehane/Eastwood

- Oscar et la dame rose, Schmitt/Schmitt (cas de figure intéressant !)

- Le Nom de la rose, Eco/Annaud

- Ripley s'amuse, de Highsmith, devenu l'Ami américain, de Wenders

- Shining, King/Kubrick

- Le Crime de l'Orient Express, Christie/Lumet


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  • : Prof de français et fille de libraire, autant dire que je suis tombée dans la marmite des livres étant petite !
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