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25 mars 2011 5 25 /03 /mars /2011 13:24

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Qui n'a pas rêvé un jour d'être le médecin de Louis XIV ? D'autopsier Agnès Sorel ? De sonder les corps momifiés des Médicis ? Discipline scientifique aux confins de l'anthropologie physique et de la médecine légale, la paléopathologie permet de reconstituer un à un les carnets de santé de sujets décédés il y a plusieurs siècles, voire plusieurs millénaires. Un corps mort est porteur d'une quantité impressionnante d'informations utiles à l'historien, à l'archéologue, mais aussi à la recherche médicale lorsqu'il s'agit de découvrir l'origine d'une maladie. Ce livre nous invite à un voyage dans le temps, mais aussi à un voyage dans la mort, la maladie, dans l'ouverture des cadavres, dans cette observation de nous-mêmes que sont les autopsies. On y croisera l'empoisonnement d'Agnès Sorel et le supplice de Jeanne d'Arc, on assistera à l'exploration d'une relique médiévale, on comprendra comment le cœur du Roi-Soleil s'est retrouvé dans une peinture à l'huile, on verra comment les individus anormaux étaient éliminés en Grèce et à Rome, on dressera un tableau des pratiques magiques centrées sur les cadavres, on analysera selon un regard médical certaines descriptions de vampire, on décortiquera les rapports d'autopsie des rois de France. Sans oublier Richelieu, Descartes et de nombreux saints... Enfin, le lecteur trouvera un inventaire des lieux et des personnages dont l'existence a été éclairée par des études paléopathologiques ; il pourra alors réaliser un jeu de piste, non pas macabre mais instructif, découvrant que sous nos pieds ou à côté de nous dorment des trésors (squelettes ou momies). Paradoxalement, l'étude des cadavres rend les ruines et les populations du passé plus vivantes. C'est bien le but de cet ouvrage.


Le diffusion sur Arte il y a peu du documentaire sur les aventures rocambolesque de la tête supposée d’Henri IV et les recherches visant à son authentification (voyez ici par exemple : http://documentaires.france5.fr/documentaires/le-mystere-de-la-tete-dhenri-iv) m’a permis de faire connaissance avec le passionnant Philippe Charlier, dont le métier consiste à autopsier momies et squelettes pour les faire parler. Ce jeune chercheur a publié plusieurs livres, dont l’un est consacré aux divers restes humains qu’il a été amené à analyser au cours de ses recherches : Médecin des morts.


Cet ouvrage se présente comme une série d’études, ou plus précisément de récits – c’est le sous-titre du livre – consacrés à des sujets aussi variés que les tribulations et les analyses des restes d’Agnès Sorel ou les maladies dont on souffrait dans l’Antiquité. A chaque fois, on part de l’examen de pièces anatomiques anciennes, parfois antiques. Cela peut sembler morbide, mais c’est absolument passionnant : en observant avec Philippe Charlier tous ces restes pourtant peu appétissants, on profite d’une approche de l’histoire très originale et particulièrement …vivante, puisque les restes corporels nous instruisent avant tout sur la vie quotidienne, intime, des gens auxquels ils ont appartenu. Ainsi, on apprend que l’on peut lire sur un squelette d’il y a deux mille ans quel était le métier de son propriétaire : un fileur, à genoux toute la journée, aura d’importantes lésions d’arthrose à cet endroit, intactes des siècles après… Ou encore, on voit d’un autre œil des personnages mythiques de l’histoire – ainsi, Agnès Sorel, sex symbol du XVè siècle, était infestée de vers intestinaux, comme du reste tout le monde ou presque à son époque…


Une lecture singulière, donc, étonnamment revigorante, stimulante pour l’esprit – il est toujours agréable de lire un scientifique qui vulgarise ses démarches et pas seulement ses conclusions – et très amusante par les multiples informations incongrues qu’elle délivre !

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25 mars 2011 5 25 /03 /mars /2011 12:53

 

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J’avais découvert avec beaucoup de plaisir Strom 1 : le collectionneur il y a quelque temps, sur le conseil de collègues, et ai donc été ravie d’avoir été sélectionnée pour recevoir Strom 2 : les portails d’outre-temps dans le cadre d’un partenariat entre Livraddict et les Editions Nathan : merci beaucoup  pour ce beau cadeau !


Pour ceux qui ne connaîtraient pas encore cette sympathique série pour la jeunesse, disons simplement que le Strom  est une faculté d’exploitation exceptionnelle des capacités du cerveau qui sont d’habitude en sommeil. Ceux qui ont cette faculté peuvent faire partie, après une initiation haute en couleurs racontée dans Strom 1, de la « Confrérie des Chevaliers de l’Insolite », dont la mission se trouve à mi-chemin entre une réparation des bugs de l’humanité et une recherche sur son fonctionnement et son passé, mystérieux de préférence: bien sûr, nos deux héros, Raphaël et Raphaëlle, deux jumeaux très attachants, en font partie et sont même en mission dans ce second volume, là où le premier se centrait surtout sur leur formation, à la faveur d’une enquête sur un mystérieux collectionneur et un ordinateur moderne retrouvé dans un tombeau égyptien antique.


Voici ce que nous annonce le résumé de Strom 2 :

Il y a certains secrets qu'il est préférable de taire, certaines portes qu'il vaut mieux laisser fermées. Ainsi, depuis des siècles, et grâce aux pouvoirs du Strom, la confrérie des Chevaliers de l'Insolite cache l'existence de portails ouvrant sur l'inconnu. Membres de la future génération de chevaliers, Raphaël et Raphaëlle découvrent l'un de ces passages: un portail d'outre-temps, qui permet de voyager dans le passé - au risque de ne jamais revenir...


Dans ce second volume, la formation des deux jumeaux a bien avancé : ils disposent de plus de liberté et sont acteurs à part entière de la Confrérie. Ainsi, ils sont envoyés pour enquêter sur un juge fantôme : les Chevaliers de l’Insolite ont en effet le devoir d’aider les âmes errantes à passer dans l’au-delà, mais cela présupposé une enquête pour savoir pourquoi elles ont manqué leur envol. Il s’agit là de la première intrigue du livre, mise en parallèle avec la poursuite de la formation et notamment la redoutable épreuve de la « ligne rouge », qui donne lieu à des pages très sympathiques, à mi-chemin entre la formation de Luke Skywalker par Yoda et les entraînements de Harry Potter pour combattre les Détraqueurs.  


La seconde intrigue, bien sûr liée à la première, concerne, elle, un curieux portail dans un vieux château racheté par un gangster à la retraire, portail qui permet d’accéder au passé. L’ennui est bien sûr qu’on peut le franchir par hasard, et se retrouver dans des situations pour le moins farfelues. Pas un mot de plus là-dessus, si ce n’est que j’ai beaucoup apprécié les liens avec le premier volume : tous les éléments de l’histoire finissent en fait par former un tout très cohérent, et je me suis amusée à essayer d’anticiper l’imbrication de toutes les pièces du puzzle ; cela donne au livre un côté ludique très agréable.


                De plus, les idées géniales fourmillent. Je pense par exemple à la très belle réinterprétation de l’image de la pesée des âmes des morts dans la religion égyptienne antique. Comme dans Strom 1, tout est malin et culturellement riche. Il ya de quoi s’instruire, tout en s’amusant, en particulier grâce au sympathique komolk Sparadrap et à sa folie des fermetures Eclair…- mais je vous laisse découvrir par vous-mêmes ces hilarantes créatures que sont les komolks, chaperons loufoques  des apprentis Chevaliers.


               Une lecture très, très plaisante, donc, même si je pense qu’il vaut mieux avoir lu Strom 1 avant de s’attaquer au 2 … C’est de la littérature jeunesse comme j’aime, maline, bien construite, instructive…à faire découvrir aux jeunes lecteurs !

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21 mars 2011 1 21 /03 /mars /2011 09:56

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Avant tout, merci à Blog o Book et aux éditions Pocket pour cette découverte de Sire Cédric et de son Enfant des Cimetières !

 

Une fois n’est pas coutume, je renonce à vous transmettre la quatrième de couverture : la manière dont le livre y est résumé est en effet à mon sens une hérésie, qui gâche le plaisir de la lecture des cent premières pages. Mon œil y est tombé par hasard alors que j’étais encore dans les premiers chapitres, et j’ai regretté d’avoir appris bien trop de choses par anticipation. Donc, attaquez directement le livre sans vous renseigner plus amplement sur lui : je pense sincèrement que votre lecture n’en sera que plus marquante ! Contentez-vous de savoir qu’il y aura des morts, beaucoup, du sang, encore plus, avec moult descriptions anatomico-dégoulinantes fort réussies mais qui interdisent d’emmener ce livre à la table du petit-déjeuner, et une belle utilisation des thèmes du surnaturel et de l’au-delà, d’une manière que j’ai trouvée particulièrement forte et originale. Tout cela tourne autour d’un mystérieux tueur en série adolescent, fantomatique, qui entre dans l’esprit de ses victimes pour les torturer et les mener à la mort, et de l’enquête d’un journaliste-photographe, David, autour de ces crimes qui vont le toucher d’une manière bien plus intime que prévu.

 

L’aspect thriller du livre m’interdit bien sûr d’en dire plus, mais je vais essayer de rassembler quelques impressions… Je dois dire avant tout que j’ai bien failli ne pas poursuivre au-delà du prologue, qui correspond à une scène morbido-érotico-mystique que j’ai trouvée pleine de clichés et maladroitement écrite…et puis j’ai poursuivi, et grand bien m’en a pris !

On est très vite pris dans l’intrigue, menée avec talent, certains personnages sont absolument splendides, avec une mention spéciale pour Kristel, et la part surnaturelle du scénario est finalement traitée d’une manière subtile et maligne.

 Sire Cédric a en outre une écriture efficace, parfois très émouvante, toujours bien sentie, qui ne peut que donner envie d’avancer dans l’histoire.

Enfin, j’ai été totalement séduite par la beauté, à la fois théorique et physique, de certaines idées autour de la peinture de Kristel…là aussi, je vous laisse le découvrir, mais ces passages ont provoqué chez moi une grande émotion.

 

Bref, voilà un auteur plein de talent et une lecture plus qu’agréable… si l’on excepte pour moi le prologue, qui, comme le dit l’auteur dans ses remerciements, a été écrit bien avant le reste : signe que Sire Cédric a progressé à pas de géants et qu’il faut donc attendre encore plus de ses œuvres plus récentes ou à venir !

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10 mars 2011 4 10 /03 /mars /2011 09:59

 

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Allez, on reste du côté de chez Pendergast, puisque j’ai lu Les croassements de la nuit récemment…au mépris de l’ordre des différentes volumes, mais chacun peut s’apprécier séparément.

Les croassements de la nuitconstitue le quatrième tome des aventures de l’inspecteur, et prend donc sa place juste après la génialissime Chambre des curiosités, qui reste, de loin, mon préféré.


Au milieu d'un champ de maïs, une clairière. Sur des flèches indiennes, une vingtaine de corbeaux empalés. Un cercle macabre au centre duquel gît le corps mutilé d'une femme. Selon toute vraisemblance, l'œuvre d'un dément... Ce crime, le premier d'une étrange série, plonge dans l'angoisse les habitants de Medicine Creek, bourgade du Kansas. Pour l'inspecteur Pendergast, du FBI, le coupable n'est autre qu'un serial killer d'un nouveau genre. Quel crédit accorder à la Légende des 45, selon laquelle le fantôme de Harry Beaumont, mort en 1865, hanterait encore la région pour se venger ? A moins que l'inspecteur n'ait à redouter un adversaire plus mystérieux encore, aussi insaisissable qu'un spectre.


On le voit tout de suite : l’intrigue se déroule loin de New York et  de son Muséum d’Histoire Naturelle. On  ne retrouve donc pas les personnages habituels – Smithback, d’Agosta, Nora Kelly… -, ce qui n’est pas forcément désagréable car cela nous donne l’occasion de voir évoluer Pendergast dans toute sa splendeur…


Et son enquête va se révéler passionnante : puisqu’il s’agit de crimes apparemment rituels, Pendergast met en œuvre son érudition habituelle, ce qui fait que l’on ne perd pas le délicieux côté savant des autres tomes. Il enquête dans une petite bourgade reculée qui tient à son image et à sa tranquillité – les affrontements entre Pendergast et le shérif local sont à ce titre particulièrement savoureux… -, et recrute, pour l’informer sur la vie locale, une jeune marginale du village, très beau personnage qui peut rappeler Lisbeth Salander dans la trilogie Millenium. La progression de l’enquête de ce duo incongru est mise en parallèle avec de nouveaux crimes commis par un être qui apparaît comme de plus en plus mystérieux. Certaines scènes ou idées sont très originales et absolument terrifiantes – je me souviens notamment d’une fin de chapitre qui m’a laissée complètement hébétée, tant l’idée qui y était développée était diabolique. Le roman culmine enfin dans une course-poursuite dont je ne peux hélas pas dire grand’chose de plus – cela révélerait trop vite certaines clés du livre – mais qui vous empêche d’arrêter votre lecture durant deux-cents pages… Comme toujours, le rythme est très bien maîtrisé et le style plus qu’agréable…Du pur plaisir !


Bref, c’est un excellent moment de lecture, qui n’égale pas tout à fait la Chambre des Curiosités que je trouve plus intéressant quant aux thèmes développés, mais qui vous promet une bonne nuit blanche !

…Et vous trouverez le récapitulatif mis à jour de mes critiques sur les différents volumes des aventures de Pendergast à la fin de cet article : Clic !  

 

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6 mars 2011 7 06 /03 /mars /2011 15:14

 

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Je poursuis ma lecture des aventures de Pendergast avec Le Grenier des Enfers, le deuxième volume qui est une suite immédiate de Relic, chroniqué ici.


Des meurtres mystérieux dans les sous-sols de Manhattan ! Deux cadavres mutilés sont repêchés dans les égouts de New York par la brigade fluviale... Les marques retrouvées sur les corps inquiètent les autorités... D'autant qu'au même moment une série de meurtres de sans-abri plonge la ville dans une psychose collective. Le criminel ? Ni un homme ni un animal... Le flegme et l'intelligence d'Aloysius Pendergast suffiront-ils à apaiser les esprits ? Son enquête mènera l'inspecteur du FBI dans un dédale de stations de métro désaffectées et de galeries souterraines... jusqu'au " Grenier des Enfers ", là où se cache peut-être le secret du monstre.


Tout commence par une terrifiante scène de plongée : un jeunot de la brigade fluviale de New York est envoyé repêché dans des eaux immondes un paquet d’héroïne…et tombe, en guise de cadeau de bienvenue, sur deux squelettes décapités…l’arrivée du Lieutenant d’Agosta, personnage récurrent de la série, lance l’intrigue et fait le lien avec Relic : les traces de morsures retrouvées sur les cadavres ne rappellent-elles pas étrangement les crimes qui ont terrifié le Muséum d’Histoire Naturelle de New York un an plus tôt ? Le lecteur de Relic fait d’ailleurs tout de suite le lien avec le dernier chapitre de ce premier volume, qui se termine sur un cliffhanger et laisse clairement attendre une suite…


L’enquête est très vite mise en place et comme toujours avec ces auteurs, l’intrigue avance à plein régime. On retrouve, en plus de d’Agosta, le journaliste Smithback, la chercheuse Margo Green, et bien sûr l’inspecteur Pendergast, qui fait dans Le Grenier des Enfers une entrée particulièrement fracassante et surprenante. C’est également la première apparition de Laura Hayward, que l’on retrouvera avec plaisir dans les tomes suivants.

Suite au meurtre de plusieurs sans-abris, les investigations se dirigent vers les sous-sols de la ville de New York, dans lesquels une société parallèle s’est mise en place, avec différents groupes qui ne se croisent qu’à peine ou rivalisent. La peinture de ce monde est réussie, évocatrice, étouffante, même si je n’en ai pas tellement goûté l’originalité pour avoir lu La Promesse des Ténèbres de Maxime Chattam, qui exploite lui aussi le monde new yorkais souterrain. Cependant, on reste un peu trop dans ce monde-là à mon goût : en fait, le rôle, majeur dans d’autres volumes, du Muséum d’Histoire Naturelle de New York est ici très léger et cela m’a un peu manqué (cela dit, il est totalement absent dans les Croassements de la Nuit, que j’ai adoré et que je chroniquerai bientôt…).

De plus, le dénouement se laisse un peu trop facilement deviner à mon goût (dès qu’on a l’habitude de ces auteurs du moins), et on sent que le personnage de Pendergast est encore en travail, il n’a pas toute la finesse qui le caractérisera ensuite…et le traducteur a choisi de lui faire tutoyer d’Agosta, ce que je trouve presque hérétique !


Bref, Le Grenier des Enfers offre un agréable moment de lecture, mais n’a pas du tout la force ni le côté ludique d’autres romans de la même série… à réserver aux aficionados de Pendergast qui ne veulent pas en perdre une miette !  

 

 

Petit récapitulatif enfin des différents volumes des aventures de Pendergast… avec les liens vers les articles concernant ceux que j’ai déjà chroniqués…

-           Relic

-          Le Grenier des Enfers  

-          La Chambre des Curiosités

-           Les Croassements de la nuit

Trilogie Diogène :

-          1. Le Violon du diable

-          2. Danse de mort

-          3. Le livre des trépassés

-          Croisière maudite

-          Valse macabre

-          Fièvre mutante

 

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5 mars 2011 6 05 /03 /mars /2011 10:14

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Ce livre m’a été offert dans le cadre d’un partenariat entre Livraddict et les éditions Folio : je les en remercie !


Jeune médecin idéaliste, employé par l’ambassade des États-Unis et, de temps à autre, par l’antenne mexicaine de la CIA, Collin Reeves soigne les touristes américains souffrant de turista, travail qui lui laisse du temps libre pour se consacrer à son autre passion, la peinture. Appelé un jour au chevet de Dolores Rios, jeune femme aux origines mystérieuses, Collin en tombe éperdument amoureux. Mais il découvre rapidement qu’elle n’est pas qui elle prétend être et qu’il pourrait faire obstacle au but qu’elle s’est fixé... Alors que la CIA a vent d’un complot terroriste contre les intérêts américains, ses agents demandent à Reeves de maintenir en vie les suspects torturés afin de pouvoir les interroger. Écartelé entre son serment de médecin, son patriotisme et son amour pour Dolores, Collin, jusqu’alors aimable dilettante, va devoir choisir son camp...


Ayant eu un peu de mal à avancer dans ce livre, je vais dérouler les différents aspects que j’ai appréciés ou regrettés, dans l’ordre de ma lecture : je ne parviens pas en effet à avoir une impression d’ensemble qui pourrait se résumer en quelques mots.


Première chose – qui peut paraître mineure mais qui m’a réellement gênée tout au long de ma lecture et l’a rendue laborieuse -, j’ai un peu regretté le côté « masculin » du livre : dès qu’un homme y croise une femme, on a droit à tous ses fantasmes à son égard – bien évidemment d’ailleurs, le héros, Collin Reeves, est un homme séduisant – et cela sans grande originalité… C’est particulièrement répétitif au début du livre, et un peu lassant à la longue.

Du même coup, la rencontre cruciale, celle entre Collin et Dolores, est retardée, d’une manière pas tellement justifiée à mon sens. De plus, cet aspect un peu « facile » affaiblit certains passages dont le fond est pourtant profond – je pense par exemple au moment où Dolores, fébrile, essaie de cerner Collin, passage où il y a de belles réflexions sur la faiblesse et la mort et de légers indices sur les zones d’ombre du personnage de Dolores : je trouve dommage de les avoir entrecoupés de banalités.


Une fois que la rencontre cruciale entre Dolores et Collin a eu lieu, le livre devient plus intéressant : le doute sur Dolores s’établit d’une manière subtile et progressive, et inquiète efficacement le lecteur quant à la suite des événements. On navigue entre le point de vue de Collin et celui de Dolores, ce qui nous donne une agréable longueur d’avance sur les personnages.


A partir de là, le scénario devient intéressant et les différents rebondissements, que je ne veux pas détailler pour ne pas vous gâcher la surprise, posent des questions profondes et passionnantes : Collin se retrouve en effet tiraillé entre le serment d’Hippocrate, et son serment envers la CIA et son pays, tout cela dans un contexte très actuel puisqu’il est question des agissements d’Al Qaida et la guerre d’Irak.


Et finalement, les personnages comme l’intrigue gagnent en complexité comme en profondeur, chacun étant confronté à un dilemme personnel insoluble. La dimension un peu simpliste du début s’efface au profit de réflexions réelles… même si je reste assez peu convaincue par certains passages moins originaux qui affaiblissent l’ensemble et m’ont plusieurs fois donné envie d’abandonner le livre…


Mais j’ai poursuivi, et sans le regretter : malgré des aspects un peu faciles parfois, Le Serment est un livre intéressant, qui a le mérite de poser des problèmes complexes et universels à la faveur d’une intrigue plus classique… C’est une lecture que je ne regrette pas, même si elle n’est pas non plus incontournable !

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3 mars 2011 4 03 /03 /mars /2011 08:47

 

 

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Je dois la découverte de ce beau livre et de ce bel éditeur à un partenariat entre Blog O Book et les éditions Aux Forges de Vulcain : merci à eux !


Le livre s’ouvre sur une introduction brève mais très intéressante sur la vie d’Oscar Wilde : on nous rappelle sa vie de dandy, en décalage et en même temps aux prises avec son époque, mais surtout sa fin désolante : son amant l’encourage à déposer une plainte contre son père (de l’amant) qui avait déposé une insulte à son club (de Wilde…ça va toujours ?)…mais le père de l’amant était très influent, Wilde était un dandy aux marges de la société, et le père réussit donc à traîner Wilde de procès en procès et à le faire condamner à deux ans de travaux forcés…Wilde les fera, et mourra deux ans après son retour. Le rappel de cette histoire entre d’ailleurs vite en résonance avec les idées défendues par Wilde dans son texte et qui, à l’époque (et sans doute encore aujourd’hui !) sentent le soufre…


L’âme humaine et le socialisme, publié en  1891, est en effet une longue méditation de Wilde sur l’intérêt et les conséquences qu’aurait l’instauration du socialisme sur l’épanouissement de l’individu, et en particulier de l’artiste. Wilde commence par insister et développer ce paradoxe : le régime le plus communautaire qui soit doit être au service unique de l’individu, et non de la communauté. Il met en avant la primauté de l’individu, de son indépendance, de son pouvoir de création, et adresse une critique violente au peuple dans ce qu’il peut avoir de moutonneux, à la religion dans ce qu’elle peut avoir de prosélyte, et au principe de la propriété privée, qui n’a pour Wilde comme seule conséquence d’aliéner l’homme, de le faire crouler sous les fausses préoccupations et les fausses satisfactions, au détriment du développement de son individualité.  Il se concentre ensuite sur la question de l’artiste, sur son rapport au public, sur le caractère révolutionnaire de toute création artistique, n’hésitant pas à remettre violemment à sa place la norme commune.

On s’imagine bien à quel point ce livre est « antisocial », mais je l’ai trouvé pourtant profondément éclairant et revigorant : Wilde , n’attaque la pensée commune par mépris, mais par souci de liberté d’esprit…ce qu’il espère avant tout, ce sont les conditions de développement idéales pour la pensée et la création de chacun. C’est un brin idéaliste (par exemple quand il explique que dans sa société idéale toutes les basses tâches seront prises en charges par des machines), mais très juste, et surtout très actuel : 110 ans après, la technique a progressé, et pourrait permettre un épanouissement supérieur de l’humanité, et pourtant le propos de Wilde résonne comme s’il avait été écrit hier. Les pages sur l’argent et la propriété m’ont semblé à ce titre particulièrement brûlantes. En fait, Wilde ne plaide pas pour un socialisme à la russe mais pour une sorte de démocratie à la grecque – il parle lui-même d’un « nouvel hellénisme » - permettant le meilleur développement intellectuel et artistique, en laissant à l’homme tout le champ nécessaire pour soigner ses propres forces. Au niveau politique, cela semble bien sûr délicat, mais au niveau individuel, Wilde propose des réflexions très stimulantes pour chacun de nous. En bref, ce petit livre est encore aujourd’hui un vrai brûlot, magnifiquement écrit, fluide et enthousiasmant, à lire et à faire circuler !


Un petit mot enfin sur la qualité de l’édition : le format est original et agréable (plus étroit qu’un livre de poche « normal »), la couverture très chouette, reprenant des lettres-clés du titre façon test de Rorschach, le papier de belle qualité et l’impression très fine (avec une de mes polices de caractère préférées en plus !). Bref : un bel objet, que l’on a envie d’offrir à la fois pour son contenu et  son contenant… Je suivrai avec beaucoup d’attention les prochaines publications des éditions Aux Forges de Vulcain, et notamment leur collection "Essais", inaugurée par ce livre de Wilde.

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28 février 2011 1 28 /02 /février /2011 16:57

...Sans doute le meilleur commentaire par anticipation de Ils sont leur épouvante et vous êtes leur crainte de Jonquet...Forcément !

 

Je défends l’égaré, le faible, et cette foule

Qui, n’ayant jamais eu de point d’appui, s’écroule

Et tombe folle au fond des noirs événements ;

Etant les ignorants, ils sont les incléments ;

Hélas ! combien de temps faudra-t-il vous redire

A vous tous, que c’était à vous de les conduire,

Qu’il fallait leur donner leur part de la cité ;

Que votre aveuglement produit leur cécité ;

D’une tutelle avare on recueille les suites,

Et le mal qu’ils vous font, c’est vous qui le leur fîtes.

Vous ne les avez pas guidés, pris par la main,

Et renseignés sur l’ombre et sur le vrai chemin ;

Vous les avez laissés en proie au labyrinthe.

Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte ;

C’est qu’ils n’ont pas senti votre fraternité.

 

 

 

 Hugo, « A ceux qu’on foule aux pieds », (1872)

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28 février 2011 1 28 /02 /février /2011 16:54

 

 

Ils-sont-votre-epouvante-et-vous-etes-leur-crainte_2.jpg

 

 

 

 

Suite à un billet récemment lu sur un blog ami – celui de l’Irrégulière, pour ne pas la nommer ! – je me suis décidée à m’attaquer enfin à un livre de Thierry Jonquet… Un petit tour en librairie plus tard, j’avais entre les mains Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte : le titre m’a paru sublime (c’est un emprunt à Victor Hugo !), et le thème prometteur…en fait, tout le roman est une variation, mais très actuelle et souvent quasiment documentaire, sur la citation de Hugo…

 

Département du 9-3, septembre 2005. Anna Doblinsky, jeune diplômée, rejoint son premier poste en collège à Certigny. HLM, zone industrielle, trafics de drogue, bagarres entre bandes rivales et influence grandissante des salafistes, voilà pour le décor. Anna est vite rappelée à sa judéité par l’antisémitisme ordinaire des élèves. Seul Lakdar Abdane, jeune beur particulièrement doué, sort du lot. Mais une erreur médicale, qui lui fait perdre l'usage d'une main, va tout bouleverser. Une fois enclenchées, il est des dynamiques qui ne s'arrêtent pas aisément, et la mort est parfois au bout.

 

Autant le dire d’emblée : c’est un roman qui n’est pas conçu pour le plaisir. On ne le lit pas pour se divertir. Autrement dit, un vrai roman noir.

 

On y suit plusieurs personnages – une jeune prof de français tout juste sortie des « formations » de l’IUFM (j’ai d’ailleurs pas mal ri à certains passages pour être passée par là), un jeune homme très intelligent dont le destin glaçant m’a particulièrement terrifiée, un fils de famille bourgeoise devenu schizophrène, et surtout tous les groupes antagonistes de la cité de Certigny.

 

Jonquet, après avoir planté ce contexte avec un réalisme absolument génial, va simplement dérouler le fil de chacune de ces vies, pour les mener à leurs conséquences ou bien désespérantes, ou bien tragiques.


            Et là, ce roman prend un aspect totalement visionnaire : écrit avant les émeutes de 2005, il va pourtant en poser toutes les raisons et en démonter les engrenages, avec une justesse et une froideur glaçantes. La similitude entre la fiction et ce qui sera la réalité est stupéfiante. Aucune complaisance là-dedans, juste un regard acéré sur le problème éternel de la jeunesse et de la pauvreté livrées à elles-mêmes et foulées aux pieds par les forts.  A la fin, on est choqué, tout simplement, alors même qu’il nous a semblé que ce livre nous parlait de choses connues et mille fois rebattues dans les journaux télévisés. Mais là, le regard est cru, efficace, l’analyse implacable…bref, un très grand livre, qui me donne très envie de poursuivre ma découverte des œuvres de Jonquet !

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19 février 2011 6 19 /02 /février /2011 13:57

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…Merci à BoB et aux éditions Pocket pour ce partenariat !


Véritable immersion au coeur du 36, quai des Orfèvres. Une enquête en forme d'hommage à Georges Simenon où l'auteur nous mène de moments de doute en moments de tension. La Crim' est dans tous ses états. Tous les vendredis, un tueur sévit dans les milieux culturels puis nargue par l'envoi d'un courrier les policiers du 36. Après le premier assassinat d'un conseiller d'orientation, la nouvelle victime appartient encore à l'Education nationale. L'équipe du commandant Duhamel croit tenir quelque chose. Illusion : les victimes "sans histoire" s'accumulent et la Brigade criminelle du quai des Orfèvres s'inquiète de ne pas avoir de piste solide. Rien ne semble lier ces meurtres en série... sauf, peut-être, la passion des victimes pour les romans policiers. Une seule chose est sûre : la vérité n'est pas là où on l'attend.


Sang d’encre au 36 est un polar à l’ancienne : on suit une brigade du mythique 36, quai des Orfèvres, siège de la police judiciaire de Paris, qui enquête sur une série de meurtres : d’abord un conseiller d’éducation, puis des enseignants, puis un éditeur…Chacun de ces meurtres est suivi de l’envoi, à un journaliste, d’une lettre anonyme dans une enveloppe portant un timbre à l’effigie de Simenon, maître du roman policier.


Les qualités de ce roman ne manquent pas : la première en est sans doute l’extrême réalisme avec lequel est décrit le fonctionnement d’une enquête au Quai des Orfèvres : l’auteur y travaille, dans la « vraie vie », comme officier de police et tient à partager avec le lecteur une foule de petits détails, du déroulement des procédures au vocabulaire spécifique utilisé par la P.J. C’est très instructif (même si parfois un peu répétitif), et la description de cet univers et de ses petites habitudes est très convaincante. J’aurais sans doute aimé que les enquêteurs soient un petit peu plus fouillés sur le plan psychologique, qu’ils aient plus de personnalité – seul le personnage de Nora m’a paru sortir du lot – mais c’est un défaut assez mineur, tant l’ensemble est efficace.


Autre qualité : la cohérence et la précision du scénario. Comme dans tous les bons polars, tous les détails comptent et ont ou auront leur utilité dans l’intrigue : au lecteur de ne rien laisser passer ! Le puzzle se met en place d’une manière très progressive, très claire, tout en ménageant jusqu’au bout certaines zones d’ombres : c’est vraiment réussi !


J’ai enfin beaucoup apprécié le côté « hommage au grand polar » de ce roman : la référence à Simenon tient une place capitale dans l’intrigue et n’a rien de décoratif, et la solution de l’énigme fonctionne elle aussi comme un coup de chapeau à la littérature policière… bref, on sent qu’Hervé Jourdain a jubilé à écrire son roman, et, forcément, le lecteur partage son plaisir ! Une belle découverte, donc, et, à nouveau, un auteur à surveiller avec attention !  

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