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3 mars 2011 4 03 /03 /mars /2011 08:47

 

 

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Je dois la découverte de ce beau livre et de ce bel éditeur à un partenariat entre Blog O Book et les éditions Aux Forges de Vulcain : merci à eux !


Le livre s’ouvre sur une introduction brève mais très intéressante sur la vie d’Oscar Wilde : on nous rappelle sa vie de dandy, en décalage et en même temps aux prises avec son époque, mais surtout sa fin désolante : son amant l’encourage à déposer une plainte contre son père (de l’amant) qui avait déposé une insulte à son club (de Wilde…ça va toujours ?)…mais le père de l’amant était très influent, Wilde était un dandy aux marges de la société, et le père réussit donc à traîner Wilde de procès en procès et à le faire condamner à deux ans de travaux forcés…Wilde les fera, et mourra deux ans après son retour. Le rappel de cette histoire entre d’ailleurs vite en résonance avec les idées défendues par Wilde dans son texte et qui, à l’époque (et sans doute encore aujourd’hui !) sentent le soufre…


L’âme humaine et le socialisme, publié en  1891, est en effet une longue méditation de Wilde sur l’intérêt et les conséquences qu’aurait l’instauration du socialisme sur l’épanouissement de l’individu, et en particulier de l’artiste. Wilde commence par insister et développer ce paradoxe : le régime le plus communautaire qui soit doit être au service unique de l’individu, et non de la communauté. Il met en avant la primauté de l’individu, de son indépendance, de son pouvoir de création, et adresse une critique violente au peuple dans ce qu’il peut avoir de moutonneux, à la religion dans ce qu’elle peut avoir de prosélyte, et au principe de la propriété privée, qui n’a pour Wilde comme seule conséquence d’aliéner l’homme, de le faire crouler sous les fausses préoccupations et les fausses satisfactions, au détriment du développement de son individualité.  Il se concentre ensuite sur la question de l’artiste, sur son rapport au public, sur le caractère révolutionnaire de toute création artistique, n’hésitant pas à remettre violemment à sa place la norme commune.

On s’imagine bien à quel point ce livre est « antisocial », mais je l’ai trouvé pourtant profondément éclairant et revigorant : Wilde , n’attaque la pensée commune par mépris, mais par souci de liberté d’esprit…ce qu’il espère avant tout, ce sont les conditions de développement idéales pour la pensée et la création de chacun. C’est un brin idéaliste (par exemple quand il explique que dans sa société idéale toutes les basses tâches seront prises en charges par des machines), mais très juste, et surtout très actuel : 110 ans après, la technique a progressé, et pourrait permettre un épanouissement supérieur de l’humanité, et pourtant le propos de Wilde résonne comme s’il avait été écrit hier. Les pages sur l’argent et la propriété m’ont semblé à ce titre particulièrement brûlantes. En fait, Wilde ne plaide pas pour un socialisme à la russe mais pour une sorte de démocratie à la grecque – il parle lui-même d’un « nouvel hellénisme » - permettant le meilleur développement intellectuel et artistique, en laissant à l’homme tout le champ nécessaire pour soigner ses propres forces. Au niveau politique, cela semble bien sûr délicat, mais au niveau individuel, Wilde propose des réflexions très stimulantes pour chacun de nous. En bref, ce petit livre est encore aujourd’hui un vrai brûlot, magnifiquement écrit, fluide et enthousiasmant, à lire et à faire circuler !


Un petit mot enfin sur la qualité de l’édition : le format est original et agréable (plus étroit qu’un livre de poche « normal »), la couverture très chouette, reprenant des lettres-clés du titre façon test de Rorschach, le papier de belle qualité et l’impression très fine (avec une de mes polices de caractère préférées en plus !). Bref : un bel objet, que l’on a envie d’offrir à la fois pour son contenu et  son contenant… Je suivrai avec beaucoup d’attention les prochaines publications des éditions Aux Forges de Vulcain, et notamment leur collection "Essais", inaugurée par ce livre de Wilde.

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12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 12:51

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Je vous propose la lecture du Monde de Sophie du XIIè siècle, qui fut un best-seller en son temps, inspira Daniel Defoe pour Robinson Crusoe, et a été bizarrement oublié depuis: il s’agit du Philosophe autodidacte de Ibn Tufayl, qui fut le maître d’Averroès, le grand médecin et philosophe arabe, surtout connu en Europe pour avoir fait un considérable travail de conservation et d’exégèse des œuvres d’Aristote.  

 

                Le Philosophe autodidacte est un très amusant roman philosophique : il raconte l’histoire d’un nourrisson, Hayy, qui naît, par génération spontanée, sur une île déserte et va donc grandir seul, ce qui l’amènera à devoir comprendre le monde et se comprendre lui-même par ses propres moyens et sans aucune influence extérieure…et tout va y passer, du fonctionnement du corps humain à la course des planètes en passant par la métaphysique ! Son apprentissage passera par une série d’expériences, qui pour certaines sont franchement drôles – j’ai un faible particulier pour le moment où Hayy, pour comprendre le mouvement de rotation des planètes, va se mettre à tourner lui-même sur la plage en décrivant de grands cercles, et sera forcé de s’arrêter parce qu'il a la tête qui tourne...

 

Mais au-delà de l’aspect réjouissant de certains passages, Le Philosophe autodidacte est un vrai livre de philosophie, qui propose un modèle complet de compréhension du monde, partant de la connaissance sensible pour aboutir à la métaphysique et à l’élévation des âmes par l’amitié philosophique, suivant ainsi le modèle platonicien.

Les progrès philosophiques de Hayy vont suivre ses différents âges, sa formation étant divisée en sept cycles de sept ans chacun – le chiffre sept ayant bien sûr ici sa valeur symbolique habituelle. Par exemple, Hayy consacre ses sept premières années sur l’île à l’observation du monde sensible : il se lie d’amitié avec une gazelle, qui le nourrit et le protège, fait l’expérience des sensations corporelles, et observe les animaux et le monde qui l’entoure, pour comprendre que lui, homme, est plus fragile que les animaux et est obligé de fabriquer des objets pour se protéger.

Au début du cycle suivant, la gazelle meurt et Hayy s’efforce de comprendre ce phénomène nouveau : il dissèque donc la gazelle, comprend que c’est son cœur qui lui permettait d’être en vie, et conçoit quelque chose comme une âme abritée par ce cœur et qui se sépare du corps au moment de la mort.

Hayy va ainsi progresser, de sept ans en sept ans, du monde matériel au monde divin des idées, pour aller jusqu’à la pure contemplation, à une forme d’extase mystique que les néoplatoniciens ont théorisée - à ce moment-là, il rencontrera d'ailleurs un autre homme avec qui il pourra s'élever grâce au dialogue et à l'amitié philosophiques, ce qui lui permettra d'achever son ascension.

 

Le Philosophe autodidacte est non seulement une lecture agréable et souvent amusante, mais aussi une excellente initiation aux thèmes de la philosophie antique, et notamment platonicienne, dont Ibn Tufayl fait ici la synthèse d’une manière très pédagogique...un vrai régal, qui, en 800 ans, n'a rien perdu de sa fraîcheur !

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