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28 février 2011 1 28 /02 /février /2011 16:57

...Sans doute le meilleur commentaire par anticipation de Ils sont leur épouvante et vous êtes leur crainte de Jonquet...Forcément !

 

Je défends l’égaré, le faible, et cette foule

Qui, n’ayant jamais eu de point d’appui, s’écroule

Et tombe folle au fond des noirs événements ;

Etant les ignorants, ils sont les incléments ;

Hélas ! combien de temps faudra-t-il vous redire

A vous tous, que c’était à vous de les conduire,

Qu’il fallait leur donner leur part de la cité ;

Que votre aveuglement produit leur cécité ;

D’une tutelle avare on recueille les suites,

Et le mal qu’ils vous font, c’est vous qui le leur fîtes.

Vous ne les avez pas guidés, pris par la main,

Et renseignés sur l’ombre et sur le vrai chemin ;

Vous les avez laissés en proie au labyrinthe.

Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte ;

C’est qu’ils n’ont pas senti votre fraternité.

 

 

 

 Hugo, « A ceux qu’on foule aux pieds », (1872)

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1 février 2011 2 01 /02 /février /2011 19:11

A celle qui est trop gaie

 

Ta tête, ton geste, ton air
Sont beaux comme un beau paysage ;
Le rire joue en ton visage
Comme un vent frais dans un ciel clair.

Le passant chagrin que tu frôles
Est ébloui par la santé
Qui jaillit comme une clarté
De tes bras et de tes épaules.

Les retentissantes couleurs
Dont tu parsèmes tes toilettes
Jettent dans l'esprit des poètes
L'image d'un ballet de fleurs.

Ces robes folles sont l'emblème
De ton esprit bariolé ;
Folle dont je suis affolé,
Je te hais autant que je t'aime !

Quelquefois dans un beau jardin
Où je traînais mon atonie,
J'ai senti, comme une ironie,
Le soleil déchirer mon sein ;

Et le printemps et la verdure
Ont tant humilié mon coeur,
Que j'ai puni sur une fleur
L'insolence de la Nature.

Ainsi je voudrais, une nuit,
Quand l'heure des voluptés sonne,
Vers les trésors de ta personne,
Comme un lâche, ramper sans bruit,

Pour châtier ta chair joyeuse,
Pour meurtrir ton sein pardonné,
Et faire à ton flanc étonné
Une blessure large et creuse,

Et, vertigineuse douceur !
A travers ces lèvres nouvelles,
Plus éclatantes et plus belles,
T'infuser mon venin, ma soeur !

 

Baudelaire, Les Fleurs du Mal

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21 janvier 2011 5 21 /01 /janvier /2011 18:07

Allez, encore un texte extrait des Contes glacés...

 


 

Le rien

 

La scène ne représente rien. L'action ne se passe nulle part. D'ailleurs, il n'y a pas d'action. Il n'y a pas non plus de personnages. Bien entendu, ils ne disent rien.

Le rideau ne se lève pas encore, car il est chez le teinturier.

Il est difficile de dire si la salle est vide ou pleine : elle n'a pas encore été construite. Pour l'instant, il n'est pas question de la construire. Le sera-t-elle un jour ? Qui sait ?

Quant à l'auteur qui, ce matin, avait décidé d'écrire la pièce, il vient de mourir cet après-midi.

 

 

 

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15 janvier 2011 6 15 /01 /janvier /2011 18:04

Plus exactement une heure, mais il s'agit toujours d'une expérience de lecture intéressante et sans effort... : je vous conseille vivement l'émission "ça peut pas faire de mal", qui propose des lectures d'extraits d'oeuvres souvent très bien choisies et un panorama intéressant de l'actualité littéraire.

 

Voici le lien pour réécouter l'émission d'aujourd'hui, consacrée à Philip Roth, un des mes auteurs contemporains préférés... :

 

http://sites.radiofrance.fr/franceinter/em/ca-peut-pas-faire-de-mal/

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14 janvier 2011 5 14 /01 /janvier /2011 16:44

       Il y a des livres impossibles à résumer, des livres fragmentaires, mais délicieux... C'est le cas des Contes glacés de Jacques Sternberg, un ensemble de courts textes dont certains sont de géniaux concentrés d'absurde. Comme j'aimerais vous faire découvrir ce genre d'oeuvres qui échappent au format de la chronique, j'en posterai régulièrement des extraits, dans la catégorie "Une minute de lecture".

 

 

Premier extrait : Contes glacés, Sternberg

 

 

contesglaces.gif


 

Le tapis

 

   " L'enfant avait placé une vaste caisse au milieu de la chambre et, depuis quelques heures déjà, il naviguait ainsi, brassant le vide, dégageant l'horizon enfui dans le mur, le tapis figurant l'océan, la caisse un voilier de fort tonnage.

 

    Vers six heures, comme chaque soir à cette heure, le père rentra du travail.

 

   Il pénétra dans le salon, il eut le temps de désapprouver l'idée de son fils, il atteignit à cet instant le tapis, coula à pic et se noya."

 

 

 

 

 

 


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  • : Prof de français et fille de libraire, autant dire que je suis tombée dans la marmite des livres étant petite !
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