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14 janvier 2011 5 14 /01 /janvier /2011 13:26

 

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"Comment allez-vous, depuis la dernière fois ? Pas bien, sinon je serais pas venu ! Moi, ça va, c'est ma femme qui ne va pas. Mieux. C'est pas encore ça, mais c'est mieux. C'est pareil. Vos remèdes ne m'ont rien fait. C'est pas pire, mais j'ai toujours du mal à dormir. Eh bien, j'ai plus mal, mais maintenant ça me démange. " Dans le cabinet du Docteur Sachs, les plaintes se dévident, les douleurs se répandent. Sur des feuilles et des cahiers, Bruno Sachs déverse le trop-plaint de ceux qu'il soigne. Mais qui soigne la maladie de Sachs ?


Voilà un livre auquel je « tiens »… La Maladie de Sachs, c’est une sorte de journal intime, très littéraire, très écrit, d’un médecin de campagne : une magnifique galerie de portraits d’abord, avec tous ces patients, à tous les âges de la vie, qui semblent à eux seuls poser tous les problèmes de la vie humaine. La narration se fait dans une sorte de dialogue entre Bruno Sachs et chacun de ses patients, l’originalité étant que c’est la voix de chaque patient que l’on entend, qui semble s’adresser mentalement au médecin en le tutoyant : l’effet en est émouvant, on a le sentiment de découvrir une forme de pensée secrète et intérieure qui convient très bien au sujet : la relation complexe de l’individu avec celui qui a sa santé, et parfois sa vie, entre ses mains. Cela donne en outre une polyphonie très esthétique, et très travaillée – c’est d’ailleurs l’un des éléments qui rendent ce roman si attachant : le sentiment de lire un auteur qui jubile à construire un véritable objet littéraire, qui travaille avec une patience et un amour d’orfèvre fabriquant son chef d’œuvre…


C’est aussi une passionnante réflexion sur la médecine et le rôle des médecins. Martin Winckler, médecin lui-même – et je ne peux que vous conseiller son site, http://martinwinckler.com/  - pose avec simplicité et humanité les questions que pose son métier : comment le médecin peut-il gérer « professionnellement » la souffrance et la mort de ses patients ? Peut-il s’attacher aux gens, alors qu’il sait mieux que quiconque la déchéance qui les attend ? C’est ainsi que l’on voit Bruno Sachs mener sa vie solitaire, indispensable au village mais gardant ses distances, cultivant une gentillesse et une générosité sans liens profonds, jusqu’à ce qu’une de ses patientes, avec laquelle il partagera un moment médical particulièrement douloureux, parvienne, et non sans peine, à l’apaiser un peu.


Mais au-delà de ses qualités esthétiques et éthiques, c’est un livre bouleversant, un livre qui vous hante longtemps après l’avoir refermé en vous laissant l’impression d’avoir fait une merveilleuse rencontre…

 

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13 janvier 2011 4 13 /01 /janvier /2011 17:31

Hé oui, apparemment, comme mes balades dans vos blogs me l'ont montré,

 

lejeudicestcitation.gif

 

 

 

Voici ma première. C'est un extrait de L'Aigle à deux têtes de Cocteau, une pièce de théâtre (et un film !) que j'aime beaucoup... :

 

"Et dire que je croyais le bonheur une chose laide et malpropre ! Je croyais que seul le malheur valait la peine d'être vécu. Rendre beau le bonheur, voilà le tour de force ! Le bonheur est laid, Stanislas, s'il est l'absence de malheur, mais si le bonheur est aussi terrible que le malheur c'est magnifique !"

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13 janvier 2011 4 13 /01 /janvier /2011 16:56

        

chambre curiosite

 

 

 

       ...Il est rare que je relise un thriller mais pour celui-ci j'en suis déjà à ma...troisième lecture je crois ! et avec toujours le même plaisir. C'est bien simple : c'est à mon sens le thriller parfait, combinant meurtres en série troublants, enquête historico-bizarroïdo-savante dans un endroit fascinant - le Muséum d'histoire naturelle de New York, dont l'un des deux auteurs, Douglas Preston, est le rédacteur en chef des publications, c'est dire s'il connaît son sujet... - personnages attachants (aaah, l'inspecteur Pendergast... aaah, Constance....), dénouement génial flirtant sans s'y perdre avec le fantastique, avec un fil rouge séduisant : celui des cabinets de curiosités, ces collections privées dans lesquelles les curieux fortunés rassemblaient les objets les plus étranges...

 

            La quatrième de couverture vous en dira plus : "Manhattan. Les ouvriers d'un chantier de démolition découvrent avec horreur parmi les gravats des ossements humains. L'enquête menée par Pendergast, du FBI, l'archéologue Nora Kelly et le journaliste William Smithback établit qu'il s'agit des restes de trente-six adolescents, victimes d'un tueur en série, le Dr Leng, ayant sévi à New York vers 1880. Les jours suivants, plusieurs meurtres sont commis selon le mode opératoire de Leng. Se peut-il que ce dingue soit toujours vivant ? Ou aurait-il fait des émules ?"

 

      ...ça fait envie, non ? Sauf que vous n'avez encore rien vu... Alors, si vous avez envie de courses-poursuites terrifiantes dans les archives du Muséum d'histoire naturelle de New York, si l'idée de vous planquer dans un rhinocéros empaillé vous a toujours plu, si vous avez un goût pour les expériences chirurgicales douteuses mais dont la finalité est démente, et surtout si vous appréciez les bizarreries de tous poils tout en aimant les livres qui ne vous laissent pas une seule seconde pour souffler, la rencontre avec la Chambre des curiosités ne peut que vous séduire ! 

       Et si après tout cela vous devenez pendergastophile - et il y a de quoi, ce bonhomme est aussi attachant que le commissaire Adamsberg de Fred Vargas, dans un style...différent !, -  ne vous inquiétez pas, il revient dans plein d'autres livres de la même trempe, que je garde au chaud pour plus tard !

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12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 12:51

lephilosopheautodidacte.jpg

 

Je vous propose la lecture du Monde de Sophie du XIIè siècle, qui fut un best-seller en son temps, inspira Daniel Defoe pour Robinson Crusoe, et a été bizarrement oublié depuis: il s’agit du Philosophe autodidacte de Ibn Tufayl, qui fut le maître d’Averroès, le grand médecin et philosophe arabe, surtout connu en Europe pour avoir fait un considérable travail de conservation et d’exégèse des œuvres d’Aristote.  

 

                Le Philosophe autodidacte est un très amusant roman philosophique : il raconte l’histoire d’un nourrisson, Hayy, qui naît, par génération spontanée, sur une île déserte et va donc grandir seul, ce qui l’amènera à devoir comprendre le monde et se comprendre lui-même par ses propres moyens et sans aucune influence extérieure…et tout va y passer, du fonctionnement du corps humain à la course des planètes en passant par la métaphysique ! Son apprentissage passera par une série d’expériences, qui pour certaines sont franchement drôles – j’ai un faible particulier pour le moment où Hayy, pour comprendre le mouvement de rotation des planètes, va se mettre à tourner lui-même sur la plage en décrivant de grands cercles, et sera forcé de s’arrêter parce qu'il a la tête qui tourne...

 

Mais au-delà de l’aspect réjouissant de certains passages, Le Philosophe autodidacte est un vrai livre de philosophie, qui propose un modèle complet de compréhension du monde, partant de la connaissance sensible pour aboutir à la métaphysique et à l’élévation des âmes par l’amitié philosophique, suivant ainsi le modèle platonicien.

Les progrès philosophiques de Hayy vont suivre ses différents âges, sa formation étant divisée en sept cycles de sept ans chacun – le chiffre sept ayant bien sûr ici sa valeur symbolique habituelle. Par exemple, Hayy consacre ses sept premières années sur l’île à l’observation du monde sensible : il se lie d’amitié avec une gazelle, qui le nourrit et le protège, fait l’expérience des sensations corporelles, et observe les animaux et le monde qui l’entoure, pour comprendre que lui, homme, est plus fragile que les animaux et est obligé de fabriquer des objets pour se protéger.

Au début du cycle suivant, la gazelle meurt et Hayy s’efforce de comprendre ce phénomène nouveau : il dissèque donc la gazelle, comprend que c’est son cœur qui lui permettait d’être en vie, et conçoit quelque chose comme une âme abritée par ce cœur et qui se sépare du corps au moment de la mort.

Hayy va ainsi progresser, de sept ans en sept ans, du monde matériel au monde divin des idées, pour aller jusqu’à la pure contemplation, à une forme d’extase mystique que les néoplatoniciens ont théorisée - à ce moment-là, il rencontrera d'ailleurs un autre homme avec qui il pourra s'élever grâce au dialogue et à l'amitié philosophiques, ce qui lui permettra d'achever son ascension.

 

Le Philosophe autodidacte est non seulement une lecture agréable et souvent amusante, mais aussi une excellente initiation aux thèmes de la philosophie antique, et notamment platonicienne, dont Ibn Tufayl fait ici la synthèse d’une manière très pédagogique...un vrai régal, qui, en 800 ans, n'a rien perdu de sa fraîcheur !

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11 janvier 2011 2 11 /01 /janvier /2011 11:51

     hommesdepaille.jpg

 

 

 

      Aujourd'hui, un bon gros pavé des vacances : j'ai nommé la Trilogie des Hommes de paille de Michael Marshall, beau bébé de 989 pages dont je ne chroniquerai cependant que la première partie, publiée séparément sous le titre Les Hommes de paille. C'est un thriller dont les intrigues multiples et tortueuses sont le principal atout - mêlées à des scènes d'horreur appréciées par Stephen King himself...

       Le livre s'ouvre sur une spectaculaire tuerie dont on entendra pas reparler pendant longtemps, histoire d'échauffer le lecteur avant de passer aux choses sérieuses, et de lui fournir la première pièce de l'énorme puzzle qu'il va entamer. Puis plusieurs intrigues vont être mises en place dans les premiers chapitres : la mort tragique des parents du narrteur, Ward Hopkins, membre de la CIA, qui découvre en rentrant de l'enterrement qu'il est loin d'être au bout de ses peines - ses découvertes successives constituent d'ailleurs un des moments les plus saisissants du livre -, une enquête sur un serial killer dont le modus operandi consiste à enlever et tuer des jeunes filles pour ne rendre à leur parents qu'un pull sur lequel il a brodé leur nom à l'aide de leurs cheveux - certains chapitres nous font d'ailleurs partager de l'intérieur le supplice de l'un de ces jeunes filles -, et les mystérieux liens de ces deux intrigues entre un groupe qui se fait appeler les "Hommes de paille" et un mystérieux "Homme debout". Tout cela va petit à petit s'emmêler, jusqu'à aboutir, après un stimulant jeu de piste sur Internet, au noeud de l'intrigue, absolument terrifiant ! Un scénario très riche, donc, et dont je passe bien sûr le meilleur sous silence !

        Ce livre est plutôt une réussite. Il ne faut bien sûr pas s'attendre à s'en souvenir toute sa vie comme d'un choc artistique, mais certaines "surprises" du scénario sont à couper le souffle. Le rapprochement des intrigues se fait d'une manière subtile et progressive, et ces dernières mettent en jeu des idées franchement dérangeantes et intéressantes.  La narration est habile, certaines parties étant assumées par un narrateur-personnage - c'est Ward Hopkins lui-même qui nous raconte ses découvertes autour de la mort de ses parents, permettant un démarrage de l'histoire sur les chapeaux de roues -, d'autres par un narrateur extérieur. Le seul bémol concerne le style de l'auteur : si certaines parties sont bien écrites, originales et expressives, notamment lorsqu'il s'agit des émotions des personnages, beaucoup de passages d'action sont vraiment stéréotypés et perdent de leur force : j'ai eu l'impression d'avoir déjà lu mille fois certaines scènes pourtant importantes, dont l'écriture aurait mérité d'être rendue plus singulière.
En un mot, c'est un bon livre de divertissement, construit sur un excellent scénario, mais son écriture un peu plate m'a laissée sur ma faim...

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10 janvier 2011 1 10 /01 /janvier /2011 12:02

 

momo-petit-prince-des-bleuets.jpg

 

 

A mille lieues du délicieux venin du Journal d’Edith, j’ai bien envie de vous parler d’un livre jeunesse plébiscité par mes élèves de 6ème…et par moi : Momo, Petit prince des Bleuets de Yaël Hassan. Il s’agit de l’un de ces romans dits « jeunesse » dont on peut s’émouvoir et se souvenir quel que soit notre âge…


C’est l’histoire d’un petit garçon de onze ans, Momo, qui vit à la cité des Bleuets, avec sa famille. Comme il le dit, la vie n’y est « pas toujours drôle », mais il oublie ses soucis en s’évadant sur son île imaginaire, qu’il plante de bleuets (y compris des bleuets roses !), et en allant lire sur un banc isolé à l’autre bout de la cité. Mais, un jour, il rencontre sur ce banc un vieil instituteur à la retraite, Monsieur Edouard, qui va lui parler des livres et de la vie… Monsieur Edouard habite en maison de retraite – ses amis de là-bas l’aideront d’ailleurs une nuit à repeindre avec Momo les murs de la cité – et est atteint de la maladie d’Alzheimer. Momo va alors l’accompagner dans ses derniers moments de lucidité et ses dernières facéties, avant de devenir la mémoire de ses lectures…


           Il s’agit d’un livre émouvant, simple et lumineux, sur l’amitié inattendue d’un vieillard et d’un petit garçon, et sur la transmission entre générations des trésors que sont les livres. Il y est fait allusion à de nombreux livres – Le Petit Prince de Saint-Exupéry, comme le titre le laisse entendre, ou encore La Vie devant soi de Romain Gary, dont le héros s’appelle lui aussi Momo…- et les thèmes de la littérature et du plaisir de lire sont traités avec grâce et légèreté, et avec une jubilation qui ne peut que donner envie de découvrir les livres dont parle Monsieur Edouard…puis tous les autres ! Y sont également évoqués des thèmes forts tels que la vieillesse, la mort, la confiance en soi, l’intégration, avec une finesse qui ne donne jamais l’impression que l’auteur veut donner une leçon, mais qu’au contraire il fait confiance au lecteur, grand ou petit, pour comprendre ce qu’il y a à comprendre derrière ce récit généreux et juste. Ce roman jeunesse est donc un vrai petit bijou, à mettre entre toutes les mains…

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9 janvier 2011 7 09 /01 /janvier /2011 09:30

    journal d'edith  

         Vous connaissez sans doute le terrifiant et irrésistible Ripley ? J'inaugure ce blog avec un roman glaçant de sa créatrice, Patricia Highsmith, dont j'ai découvert l'oeuvre dérangeante l'année dernière. Si l'immorale et délicieuse trilogie de Ripley, dont je vous reparlerai bientôt, appartient au domaine du roman policier, le roman que j'évoquerai aujourd'hui, Le Journal d'Edith, se situe au croisement du journal intime, de la chronique sociale et du thriller psychologique. Mélange périlleux, dont Patricia Highsmith tire un roman vénéneux, qui entraîne subtilement le lecteur dans le naufrage du personnage...


 

         L'intrigue de départ est très simple, et même - et c'est fait pour - d'une banalité affligeante : Edith est une de ces femmes au foyer américaines des années 60, à la vie lisse et parfaite : un mari gentil et riche, un  fils, une jolie maison et tout l'équipement électroménager dont elle pourrait rêver. Un jour, son mari décide d'accueillir un vieil oncle, qui ne peut plus vivre seul. C'est évidemment Edith qui s'occupera de lui, avec abnégation et dévouement, comme d'habitude. En parallèle, son fils commencera à poser de sérieux problèmes, et son mari ne sera plus aussi merveilleux qu'avant. Tout cela ne pourrait être qu'une banale descente aux enfers ménagère, mais Edith tient son journal, dans lequel elle s'efforce de maintenir sa vie au niveau de ses rêves de jeunesse... C'est ainsi que les deux vies d'Edith vont p etit à petit se séparer, et  que le lecteur va voir le fossé se creuser entre elles, avec un mélange de pitié et d'angoisse, jusqu'à ce que le roman bascule dans l'absurde et la folie, subtilement, sans que ni Edith ni le lecteur ne le perçoivent...


 

          Ce roman est d'une extrême habileté : le va-et-vient entre la vie réelle d'Edith et la vie qu'elle s'invente dans son journal est toujours très subtil, et, surtout, la chute du personnage est pratiquement imperceptible, si bien que le lecteur peut presque avoir l'impression d'avoir vécu toute la vie d'Edith dans le même état d'aveuglement et de passivité qu'elle : une forme de terreur diffuse nous gagne petit à petit, sans que l'on sache vraiment pourquoi...et culmine avec la chute de l'histoire, dont je ne dirai pas un mot  !

         La critique sociale est subtile et violente, le traitement psychologique du personnage est magistral, et tout cela vous emporte comme le meilleur des polars... bref, le Journal d'Edith est à découvrir de toute urgence !

 

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carolunelit.over-blog.com - dans Romans contemporains
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9 janvier 2011 7 09 /01 /janvier /2011 08:26

Bonjour et bienvenue à tous ceux qui passeront par ici ! Ce blog est destiné à partager mes lectures, ces dernières ayant l'habitude d'être éclectiques : classiques, essais, philosophie, histoire antique, policiers bien ficelés...sachant que tout ce qui comporte une couverture, une reliure et des pages imprimées est susceptible de m'intéresser ! Lectrice gourmande et curieuse, j'espère pouvoir ainsi découvrir et faire découvrir, grâce à cet immense salon de lecture qu'est la blogosphère, de petites perles de littérature, ou du moins de plaisir livresque...

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  • : Carolune lit
  • Carolune lit
  • : Prof de français et fille de libraire, autant dire que je suis tombée dans la marmite des livres étant petite !
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