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13 octobre 2013 7 13 /10 /octobre /2013 11:42

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J’avais eu beaucoup de plaisir à découvrir La Formule de Dieu de José Rodriguez Dos Santos, que j’avais chroniquée ici d’ailleurs. C’est donc tout naturellement que j’ai accepté la proposition des éditions HC, lorsqu’elles m’ont offert de m’envoyer le livre…Qu’elles en soient remerciées !


Cependant, mon billet ne sera guère élogieux. Le résumé faisait pourtant envie :

La célèbre paléographe Patricia Escalona est égorgée en pleine nuit dans la Bibliothèque vaticane, alors qu’elle y étudiait l’un des plus anciens manuscrits détenus par l’Église : le Codex Vaticanus. Près de son corps, le tueur a laissé un message codé. Tomás Noronha, travaillant sur la restauration des ruines du Forum de Rome, est appelé sur le lieu du crime par la police judiciaire italienne : il a été le dernier contact de la victime. L’historien émérite, expert en cryptologie, réussit à décoder le message du tueur et se laisse embarquer dans une enquête qui va très vite se compliquer. Un nouveau meurtre aux allures rituelles a lieu en Irlande, un autre en Bulgarie, deux nouveaux messages codés et toujours ces allusions aux Saintes Écritures. D’une victime à l’autre, d’un code à l’autre, Noronha est entraîné dans une analyse des textes bibliques particulièrement troublante. Une quête de la vérité qui va le conduire en Israël, sur les traces de la plus grande figure de l’humanité : celles de Jésus-Christ. Au fil d’une enquête haletante, José Rodrigues dos Santos propose d’aborder la vie du Christ sous un angle historique, quasi scientifique. Qui était vraiment celui qui a bouleversé le cours de l’Histoire ? Quels sont les faits que l’on peut considérer comme réellement avérés dans la Bible ? Et quels sont ceux travestis par le temps et les hommes ? Réalité historique et intrigue policière se mêlent avec grande intelligence pour faire de L’Ultime Secret du Christ un thriller qui va bouleverser les certitudes de chacun.


Un peu de Vatican et de paléographie, le retour de l’anti-héros Tomas Noronha, déjà présent dans La Formule de Dieu, une promesse d’enquête à rebondissements à travers le monde… : un bon thé, un bon feu de cheminée et en route, non ?


Oui, mais…certes, le livre nous parle bien de tout cela. Sauf que je n’ai jamais vu, pardonnez ma sévérité, de thriller construit d’une manière aussi grossière. Pour caricaturer, on passe un chapitre avec les gentils, puis un avec les méchants, et ainsi de suite jusqu’à la dernière page. Chaque chapitre se clôt sur un suspense gros comme une maison. Au début on se dit que bon, l’auteur n’a pas trop voulu se casser la tête pour maintenir la tension, et au bout d’un moment, on se demande si on ne va pas finir par quitter le pauvre Tomas pendu par les pieds au-dessus d’une cuve de lave en fusion, avec le méchant qui sort son canif en rigolant pour couper la corde, voyez ?


Autre grosse déception : le contenu « théologico-scientifique » : là où, dans La Formule de Dieu, j’avais trouvé très intéressantes les réflexions sur une possible métaphysique théologique et scientifique à la fois, on a, dans L’ultime secret du Christ, une énième broderie sur la descendance possible de Jésus, façon Da Vinci code. Déjà lu.


Moralité : un livre très…banal, et aux ficelles grosses comme des maisons. Une vilaine impression de « Tiens, mon éditeur m’a demandé un thriller ésotérique pour dans deux mois, bon, ben pas le temps de faire autre chose que de le réchauffer au micro-ondes… » - ben oui, j’ai fini par regarder Masterchef, fatalement…  

5 juin 2013 3 05 /06 /juin /2013 09:50

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Etienne Séguin n'a pas trente ans. Originaire de Drummondville, demeurant depuis quelques années à Montréal, il vient d'accepter un poste de professeur de littérature au cégep de sa ville natale. Qu'à cela ne tienne, il fera l'aller-retour par l'autoroute 20 ; le trajet ne prend pas plus d'une heure, cela lui permettra d'écouter la radio et, surtout, d'oublier sa récente séparation ! Peu de temps après, Etienne remarque un autostoppeur, toujours posté au même endroit au moment où il passe. Pourquoi ne pas le faire monter afin de rompre la monotonie de la route ? Dès la première rencontre, le jeune homme comprend que son passager l'a connu dans son enfance. Mais voilà : Etienne souffre d'amnésie et n'a aucun souvenir de ses jeunes années. C'est alors que les questions surgissent dans son esprit : qui donc est ce passager qu'il a pris l'habitude d'embarquer ? Et qu'ont-ils fait ensemble, dans leur jeunesse ?

 

Voici une bien agréable découverte que cet auteur québécois ! Il s'agit d'un livre plein de surprises, donc je ne m'étendrai guère sur le résumé, mais c'est une vraie réussite. Quelques impressions en vrac :

- une excellente construction, avec un début très répétitif, correspondant aux trajets répétés du personnage, qui donnerait presque envie au lecteur de faire la sieste sur la banquette arrière, et qui installe une ambiance lancinante et interlope extrêmement bien évoquée... tout cela bien sûr pour mieux se diaboliser ensuite.

- un art consommé de l'entremêlement des idées, on a l'impression d'avoir entre les mains un écheveau dont les fils se croisent d'une manière très progressive et subtile, sans les grosses ficelles - c'est le cas de le dire - habituelles.

- de l'horreur, de la vraie, et sans clichés, en plus.

- la petite touche québécoise dans certaines expressions, de mon point de vue vieil-européen, j'adore !

 


4 juin 2013 2 04 /06 /juin /2013 13:46

Je ne peux guère résister à l'appel des page turners ésotériques, c'est donc tout naturellement que je me suis jetée sur le dernier-né de Dan Brown, titillée en plus par la promesse d'un contenu ...dantesque et de promenades italiennes...:

 

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Pour faire court, Langdon, toujours lui, se réveille amnésique et blessé, et s'engage bien malgré lui dans un jeu de piste basé sur la Divine comédie de Dante... Je ne dis rien de plus, dans la mesure où les pérégrinations géographiques et les rouages essentiels du scénario sont conçus pour égarer et rebondir... Sachez simplement qu'on se balade pas mal, que les italianophiles seront ravis, ainsi que les amateurs de certaines énigmes historiques récentes...Demandez "Seracini" à Google pour en savoir plus, je refuse d'en prendre la responsabilité !

 

Mon verdict ?

C'est vraiment un bon page turner, difficile de le lâcher dès lors que l'on se trouve avec Langdon. L'intrigue secondaire, intriquée bien sûr dans celle qui concerne Langdon, m'a semblée moins passionnante, même si elle permet de faire la connaissance (indirecte) d'un fou dangereux à la méchant-de-James-Bond (Bardem style) dont on aurait cependant aimé qu'il prenne plus de consistance.

Cerise sur le gâteau, le scénario comporte de sympathiques surprises, même si parfois un peu parachutées.

Mais on prend du plaisir, ça c'est sûr !

 

Un petit bémol cependant sur la trop grande simplicité des énigmes. Quiconque a mis les pieds en Italie, voire a lu le Guide du Routard de certaines villes italiennes majeures en rêvant à des voyages futurs, peut trouver beaucoup de solutions bien plus vite que Langdon, qui est pourtant réputé maître es symbologie et se trouve ici contraint de piquer son Iphone à une vieille dame pour résoudre certains noeuds finalement pas si complexes que ça. On est content la première fois que l'on double Langdon dans une résolution, mais à la troisième fois on se dit que question documentation, Brown aurait pu se creuser un peu plus la tête.

 

Cela dit, on pousse quelques portes secrètes - celles dont on rêve d'avoir les clés quand on est touriste, et on croise un paquet de merveilles historiques.

 

A lire, donc, certainement, pour le plaisir...mais le livre ne méritait sans doute pas l'aura de mystère (les traducteurs au pain sec et à l'eau dans un bunker top secret, tout ça tout ça) dont il a fait l'objet lors de son lancement.

5 novembre 2012 1 05 /11 /novembre /2012 16:41

 

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David Eliot vient d'être renvoyé du collège et cette fois ses parents ont décidé de sévir !
David se retrouve alors dans une école bien étrange, sur la sinistre Ile du crâne, au large de l'Angleterre. Très vite, il soupçonne le pire, mais il est encore loin de la vérité...

 

 

...Petite lecture d’un roman jeunesse qui a fait parler de lui en particulier au moment de la publication du premier Harry Potter, l’auteur ayant accusé J.K. Rowling de plagiat… Alors qu’on se le dise, les points communs entre l’univers de l’Île du Crâne et Harry Potter existent, mais l’ampleur, le ton, l’inventivité, n’ont rien de commun… même si l’on retrouve, dans chaque cas, une école de sorciers à laquelle sont destinés nos héros issus du monde réel.  

 

Mon coup de cœur s’explique surtout par le ton qu’il emploie : on a affaire en effet à de l’humour noir pur sucre, très grinçant, très flegmatique, qui ne manque pas de surprendre dans un roman clairement destiné à la jeunesse. La famille du héros, David Eliot, est un modèle jubilatoire de bêtise et de cruauté, et l’auteur va plutôt loin dans le traitement de cette idée…c’est ainsi que l’on peut voir la pauvre Mrs Eliot prendre un couteau en pleine poitrine, sans broncher, le retirer et poursuivre tranquillement (ou presque, elle est systématiquement terrorrisée par son mari) sa conversation. Un peu étrange, non ? C’est justement ce qui fait tout le charme du livre… J’aurais été contente, je crois, de le lire à onze ou douze ans, pour son (petit) côté transgressif.

 

L’intrigue est sympathique par ailleurs ; on y retrouve des ingrédients classiques des histoires de sorciers (les septièmes fils des septièmes fils, le vaudou, les vampires, le sabbat…) et des romans d'aventure jeunesse (amitié, ruses de papooses, tentatives d'évasion...) et on passe donc un agréable moment, même si on ne peut que penser parallèlement à l’ampleur et la force addictive d’une certaine école de Poudlard…

 

Je vais tout de même jeter un œil à la suite, Maudit Graal 

4 novembre 2012 7 04 /11 /novembre /2012 08:39

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Un des rêves secrets de ma vie, c’est de n’avoir jamais lu le Nom de la Rose d’Umberto Eco pour pouvoir parcourir pour la première fois ce labyrinthe mental et littéraire jubilatoire qu’il représente pour moi... Je le lis tous les étés, rituellement, et j’espère aussi secrètement trouver un jour son équivalent…


Bref, tout ceci, plus mon goût pour la confrontation avec des thèses scientifiques complexes que je ne suis pas armée pour comprendre, m’a décidée à lire la Formule de Dieu… :


Printemps 1951, deux espions de la CIA épient une rencontre de la plus haute importance entre David Ben Gourion, « premier » Premier Ministre de l'État d'Israël, et Albert Einstein. L'objet de leur discussion : l'obtention de l'arme nucléaire par le jeune état juif et l'existence de Dieu.
Cinquante ans plus tard, Tomas Noronha, expert en cryptologie, est appelé au Caire par une mystérieuse jeune femme. Sa mission : déchiffrer un cryptogramme caché dans un document détenu par le gouvernement de Téhéran. Un manuscrit écrit de la main d'Albert Einstein dont le contenu pourrait bousculer l'ordre mondial.
Tomas Noronha devient alors un agent double censé collaborer avec les Iraniens pour informer l'Occident. Mais au cours de son enquête, il découvre que le fameux manuscrit contient beaucoup plus de choses que ne l'espéraient ses différents commanditaires. Il serait tout simplement la preuve scientifique de l'existence de Dieu.

 

Le résumé et les premiers chapitres du livre m’auraient presque fait croire que j’avais un roman d’espionnage entre les mains : très vite, le pauvre – mais très attachant ! - Tomas Noronha est pris dans des conflits qui le dépassent, et on retrouve la classique figure de l’agneau convoité par trop de loups… Mais très vite aussi, l’enjeu scientifique et métaphysique se met en place. Les développements autour du manuscrit d’Einstein sont passionnants, et les personnages se transforment en vulgarisateurs. C’est parfois un peu poussif, mais nécessaire et surtout très intéressant. L’intrigue autour du déchiffrage de l’énigme laissée par Einstein permet de faire passer l’ensemble avec plaisir. Rajoutez quelques ingrédients du roman d’espionnage – la femme fatale mais peut-être duplice, quelques portes forcées avec les conséquences qui vont avec, quelques évasions, quelques doubles jeux… -, et ce roman devient un génial divertissement sur fond scientifique. Enfin, tout cela est valable aussi longtemps que les personnages pensent que le manuscrit d’Einstein a quelque chose à voir avec les armes nucléaires…

 

…car dès que l’on passe à la seconde lecture du manuscrit, celle qui concerne une « preuve scientifique de l’existence de Dieu », le propos devient carrément vertigineux. On se retrouve au Tibet avec un vieux boddhisattva qui va procéder à une mise en correspondance incroyablement bien trouvée entre certains textes sacrés et certaines données de la physique contemporaine. Attention toutefois ! Pas question ici de prouver l’existence d’un Dieu anthropomorphe, pourvoyeur de morale, colérique et grand censeur ; c’est du Dieu de Spinoza que l’on parle ici, du Dieu qui correspond à la Nature, à l’univers et aux forces qui le gouvernent. La Formule de Dieu n’a rien d’un thriller ésotérique.

 

Bon, je trouve qu’il reste des tas de maladresses dans ce livre, des passages qui utilisent un peu trop clairement les ficelles des best-sellers, ou dans lesquels les personnages sont un peu maladroitement peints – je pense en particulier aux moments délicats où Tomàs va être confronté à la maladie de son père. Mais c’est un bouquin passionnant, stimulant, avec beaucoup d’idées géniales… A lire sans plus tarder, donc !

 

Même si je préfère malgré tout, dans le même champ, le roman que Somoza a basé sur la théorie des cordes – il s’agit donc cette fois de physique quantique – et que j’avais chroniqué ici :

 

 http://carolunelit.over-blog.com/article-la-theorie-des-cordes-de-somoza-66031716.html

 

Et je cherche toujours mon Nom de la Rose bis, donc. Si vous avez des idées…

 

 

3 novembre 2012 6 03 /11 /novembre /2012 07:46

 

  La nuit du monde

 

 

Voici un roman dont le titre et les promesses m'ont attirée. Faire se rencontrer fictivement Proust et Joyce, ou plutôt partir de la coïncidence anecdotique d'une nuit dans un même lieu pour en faire un feu d'artifice littéraire, quelle belle idée ! L'auteur résume ainsi très joliment son propos :

 

Marcel Proust et James Joyce se sont vraiment rencontrés le 18 mai 1922, au Ritz, dans mon roman. L'amour de la nuit, la solitude, l'état déplorable de leur santé, l'insularité de leur personnalité, l'ampleur de l'oeuvre, la folie de la langue, mais aussi les phobies (les rats pour l'un, les chiens pour l'autre), l'amour des chansonnettes (ils adorent "Viens Poupoule"), tout les rapproche. Marcel vient de terminer La Recherche, James de publier Ulysse. Un coup de foudre en amitié unit ces deux génies qui se tutoient. Dans la seconde partie, Proust décède. A son enterrement, au Père-Lachaise, se presse le gotha de la littérature. Homère, Shakespeare, Molière, Diderot, Kafka, Calvino, Barthes... La disparition d'un écrivain contient celle de tous les autres. Et Proust en personne assiste à sa mise en terre. La fiction l'emporte sur le Temps. Les grands écrivains ne meurent jamais.

 

 

C'est avec beaucoup de bienveillance, déjà presque conquise, que j'ai ouvert ce livre. Contrairement à ce que j’avais imaginé, la conversation entre Proust et Joyce y tient relativement peu de place (mais elle est bien là !). Le texte correspond plutôt à une série d’images, parfois presque photographiques, qui rebondissent de l’une à l’autre et forment presque imperceptiblement une cohérence d’ensemble autour des personnages. J’ai d’ailleurs beaucoup apprécié cette construction en mosaïque, qui concerne surtout la première partie du roman.

 

Mais je m’en suis en même temps lassée, d’abord parce que l’auteur se concentre beaucoup sur les clichés gravitant autour de Proust (Proust emmitouflé dans mille manteaux, Proust asthmatique…). Il s’agit sans doute d’un parti-pris – après tout, il s’agit de jouer avec des « figures » de la littérature plus qu’avec la réalité des écrivains eux-mêmes – mais je n’ai pas pu m’empêcher de m’agacer de ce que j’ai pris comme une forme de facilité. 

Autre élément lassant pour moi, les ficelles de style. Je me suis agacée de l’emploi systématique d’onomatopées, parsemant le texte. Les premières surprennent et vivifient, la cinquantième fait penser que l’auteur aurait peut-être plus trouver d’autres manières de créer le rythme un peu bancal, et intéressant, qu’elles engendrent. Les nombreux néologismes y participent d’ailleurs avec bonheur.   

 

D’ailleurs le style devient plus fluide et puissant dans la seconde partie, qui convoque tout simplement tout le Panthéon de la littérature pour assister aux funérailles de Proust. On bascule alors dans une fantasmagorie beaucoup plus évocatrice et convaincante, du moins à mon goût, que la première partie. J'y ai trouvé l'écriture plus personnelle, plus forte, alors que dans la première partie j'avais souvent le sentiment d'observer un auteur en train de faire avec application un exercice littéraire. 

 

Un livre intéressant, donc, mais qui ne m’a pas apporté la jubilation de lecture que j’attendais. 

2 novembre 2012 5 02 /11 /novembre /2012 09:25

 

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Pour reprendre les hostilités après une longue absence, je tape dans du beau, du sublime, du Littéraire avec un L de dix-huit mètres de haut, dans de l’Art, quoi. Ouais.


Et absurdité totale, je commence malgré tout par le résumé, mais là, il est de la main de Flaubert lui-même  :


L’Histoire d’Un coeur simple est tout bonnement le récit d’une vie obscure, celle d’une pauvre fille de campagne, dévote mais mystique, dévouée sans exaltation et tendre comme du pain frais. Elle aime successivement un homme, les enfants de sa maîtresse, un neveu, un vieillard qu’elle soigne, puis son perroquet ; quand le perroquet est mort, elle le fait empailler et, en mourant à son tour, elle confond le perroquet avec le Saint-Esprit. Cela n’est nullement ironique comme vous le supposez, mais au contraire très sérieux et très triste.


J’aime ce résumé comme j’aime ce livre : Flaubert y dresse une liste des épisodes du roman, mais là n’est pas l’essentiel…Relisez ce résumé, à haute voix, sentez le rythme, l’équilibre des sons, le flux de l’écriture…et si cela vous fait quelque chose, jetez-vous sur Un Cœur simple ! Flaubert en effet en parle, c’est célèbre, comme d’un « livre sur rien » et « qui se tiendrait par la seule force de son style ». C’était son projet, et c’est magistral : la beauté de l’écriture elle-même suffit à captiver, et on se prend finalement à s’attacher, à s’émouvoir du sort de la pauvre Félicité – la pauvre fille de campagne, qui devient servante, dont on nous raconte l’histoire -, à la trouver sublime, par la seule magie du style. L’écriture parvient à transformer un personnage à première vue plutôt inintéressant en Figure sublime, en objet d’art. La scène de sa mort est, pour cela, absolument superbe, elle m’évoque toujours un vitrail visuel et sonore, alors que son sujet n’est finalement « que » le délire d’une mourante qui s’offre un dernier trip avec son perroquet…


La chose est bien difficile à exposer sans tomber dans le commentaire composé, mais cette lecture est une expérience en soi, et aussi une porte ouverte vers la littérature proprement artistique, celle qui crée les souvenirs éternels.

 

Parce que oui, Hugo et Flaubert sont vachement plus balèzes que Marc Lévy, et qu’eux méritent, contrairement à beaucoup d’autres, le nom d’artistes et une place dans la mémoire collective.  

 

Cela n'empêche d'ailleurs pas la lectrice de ce blog de se délecter de nombre de page-turners et autres thrillers jubilatoires mais vite oubliés...la question est simplement de savoir ce que l'on mange et de digérer en conséquence... non ?

 

18 novembre 2011 5 18 /11 /novembre /2011 10:56

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       En cette saison d'arrivée du froid et des virus qui l'accompagnent, rien de tel pour se requinquer qu'un bon polar ésotérique au coin du feu (ou du radiateur électrique en ce qui me concerne, mais c'est tout de suite moins fantasmatique...), non ?

 

La Fondation Stern, ses chefs-d'œuvre et ses secrets vous ouvrent leurs portes... Depuis qu'elle a été licenciée du Louvre, Valentine n'a plus de restauratrice d'art que le nom. Loin des œuvres des grands maîtres, elle est désormais réduite à redorer des croûtes et à gâcher son talent. C'est du moins l'avis du mythique Elias Stern, collectionneur d'art de renommée internationale, qui décide d'embaucher la jeune femme au sein de sa fondation. Car il sait que seule Valentine pourra restaurer le palimpseste qu'il vient d'acquérir... et peut-être révéler ainsi un texte interdit du XIIIe siècle qui a valu à son auteur - Vasalis - de finir sur le bûcher. A mesure qu'elle se penche sur ces pages maudites, c'est tout un monde que Valentine découvre. Confrontée aux érudits de l'illustre Sorbonne comme aux pires trafiquants d'art, elle comprend qu'elle a mis le pied dans une fondation à l'image de son créateur : puissante, mystérieuse, et qui semble tirer toutes les ficelles...

 

       Ooh, que voilà des ingrédients attirants ! Et cette impression se confirme dès les premières pages : un peu de Sorbonne, un peu de bibliophilie érudite, style Neuvième Porte, un peu de techniques de restauration de livres anciens, de coulisses du marché de l'art et de mystères historiques, et bien sûr un suicide mystérieux pour lancer la machine... De quoi se promettre une bien bonne soirée ! Les cent premières pages sont donc vraiment prenantes, tournant autour d'un mystérieux codex médiéval étant en réalité un palimpseste d'un obscur penseur censuré par l'Eglise, Vasalis... L'intrigue est bien menée, bien construite, cohérente. Les personnages, introduits peu à peu et présentés à des moments judicieux, sont bien campés, à commencer par Valentine, jeune restauratrice d'oeuvres d'art au passé sombre, et Elias Stern, ancien dieu du marché de l'art...

     Le milieu du livre me semble un peu plus mou (mais je suis vraiment rétive aux scènes d'action "modernes" dans ce genre de livres, alors je suis assez mauvaise langue sur ce point...), et j'avoue avoir passé vite sur l'intervention d'armoires à glace menaçantes... J'aurais voulu rester toujours penchée sur ce vieux manuscrit, à en déchiffrer les secrets...Et fort heureusement, Cardetti propose une fin elle aussi bien construite, un enchaînement haletant qui clôt l'intrigue...comme toujours, difficile à ce stade d'en dire plus !


      En un mot, un très bon moment de lecture...Je reviendrai à Cardetti, d'autant qu'il est lui-même un spécialiste d'histoire et de langue italiennes, autant dire qu'il a de quoi envelopper son livre d'un très agréable vernis d'érudition là où d'autres auteurs de thrillers de ce type semblent parfois se contenter d'une page Wikipedia : c'est agréable et instructif ! 

21 juillet 2011 4 21 /07 /juillet /2011 15:48

 

  

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   Après avoir été épatée par l’écriture et la singularité de La délégation norvégienne d’Hugo Boris, j’ai bien sûr sauté sur l’occasion lorsque Newsbook a proposé un partenariat avec les éditions Pocket concernant la sortie en poche de Je n’ai pas dansé depuis longtemps, du même auteur. Merci donc au site et à l’éditeur !

     Ivan est désigné pour être le premier homme à rester plus de quatre cents jours en orbite autour de la Terre. Un homme ordinaire, marié, père de deux enfants, quitte la planète. Tandis que l'Empire soviétique plonge dans le chaos, il tourne sans fin. Pour lui, le Soleil se lève et se couche seize fois par jour. Au fil du temps, il perd le sommeil, l'odorat, le goût. Sa colonne ne le porte plus. Sa raison vacille. Il s'entraînait depuis des années, l'esprit entièrement tendu vers le cosmos. Maintenant, il n'a d'yeux que pour la Terre. Elle lui manque comme une femme.

    Comme dans La délégation norvégienne, j’ai été tout d’abord frappée par le style à la fois chirurgicalement travaillé et très poétique d’Hugo Boris. L’impression est celle d’une sorte de sécheresse mêlée à une douceur du regard, c’est très singulier et surtout très beau… C’est ainsi que les premières pages sonnent immédiatement avec une grande originalité, alors même qu’elles traitent d’un motif assez banal : les adieux à la famille. Dès le début on sait que l’on ne sera jamais dans le cliché, ni dans le style facile aux grosses ficelles de bien des livres actuels, et quel bonheur de ressentir cela !

    Cela a en outre l’immense mérite de rendre très dense et très originale la première partie du roman, qui sans ce style aurait couru le risque de paraître un peu poussive, puisqu’il s’agit des premiers moments d’Ivan en orbite – cela dit, la profusion et la précision des détails techniques (appareillages, conséquences physiologiques de la vie dans l’espace, gestion du quotidien dans la capsule Soyouz puis dans la station Mir…) est telle que cela aurait, même sans style, donné une entrée en matière passionnante et très documentée…mais là, en plus, cet amas de détails devient objet littéraire, et cela force l’admiration…

     Et puis surtout, une fois les premiers temps passés, on suit l’usure de ces hommes enfermés dans leur capsule, et en particulier, bien sûr, celle d’Ivan. Le temps marqué dans les marges – orbite 1 à orbite 6798 – prend alors tout son sens, on partage avec les membres de l’équipage une sorte de vertige pesant (ça a d’ailleurs été un vrai soulagement de retrouver une datation « terrestre » à la fin du livre !)…et la station Mir devient une sorte de monstre technique étouffant…jusqu’à ce que, par un épisode aussi spectaculaire qu’émouvant et symbolique, Ivan redevienne un homme et qu’il prenne la première place du roman, en développant une nostalgie amoureuse de la terre…Et à nouveau Hugo Boris déploie un style incroyablement juste et évocateur, qui donne lieu à de vrais moments d’émotion esthétique et littéraire…

     En un mot : Hugo Boris est un vrai écrivain, singulier, qui travaille un style unique et souple – celui de La délégation norvégienne est ainsi très différent de celui de Je n’ai pas dansé depuis longtemps – et qui mérite infiniment d’être découvert ! Pour ma part, son premier roman, Le baiser dans la nuque, rejoint illico ma table de chevet…

 

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3 juillet 2011 7 03 /07 /juillet /2011 08:19

 

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New York, mai 2009. Six morts violentes se succèdent en quelques jours. Les victimes n'ont aucun point commun, hormis d'avoir reçu quelques jours plus tôt une carte postale de Las Vegas, avec, inscrite dessus, une simple date, celle du jour de leur mort. Très vite, la presse s'empare de l'affaire, et celui qu'elle surnomme « Le tueur de l'Apocalypse» a tôt fait de semer la psychose dans la ville. Désorientées par l'absence d'indices, les autorités se tournent vers Will Piper, ancien profiler d'élite, dont la carrière a brutalement été interrompue à la suite d'un drame personnel. Lorsque de nouvelles cibles reçoivent à leur tour des cartes postales leur indiquant le jour de leur mort, Will va tout mettre en oeuvre pour empêcher le tueur d'agir à nouveau. Mais les noms des victimes sont déjà dans Le Livre des morts… L'enquête de Will ne va pas tarder à prendre un tournant complètement imprévu pour le mener au coeur des secrets les mieux gardés du gouvernement américain. Une mission confidentielle de Winston Churchill en 1947 auprès du président Truman, un monastère sur l'île de Wight, Area 51 : autant de pièces d'un puzzle machiavélique, que Will devra résoudre pour faire triompher la vérité. Avec cet ouvrage à la construction remarquable et à l'intensité dramatique époustouflante, Glenn Cooper manipule le lecteur et nous offre un thriller envoûtant, idéal pour les amateurs de suspense, les passionnés d'histoire, et pour tous ceux qui aiment les livres qu'on ne peut pas lâcher.

 

A force d’en entendre parler sur la toile, j’ai fini par me laisser tenter par Le livre des morts de Glenn Cooper… j’avais lu des avis trèèès enthousiastes, et d’autres plus mitigés, et j’ai fini par avoir envie de me faire ma propre opinion sur ce thriller ésotérique, genre dont je raffole mais qui m’a également souvent déçu, selon ses auteurs…

 

Le livre s’ouvre comme un thriller classique sur les serial killers : plusieurs meurtres, un rituel intriguant – ici, des cartes postales comportant le dessin d’un cercueil et la date de la mort de l’intéressé. L’enquête est confiée à un sympathique profiler du FBI, personnage classique de flic vieillissant mais séduisant, habituel et efficace. Il est, comme il se doit, flanqué d’une jeune acolyte qui se révèlera de plus en plus séduisante. Jusque là, rien ne démarque le Livre des morts du bon thriller de plage aussitôt lu, aussitôt apprécié, aussitôt oublié.

 

Sauf que…le scénario entier repose sur une idée absolument géniale, qui fait la synthèse entre le thriller et l’enquête ésotérique, et qui occasionne en plus chez le lecteur de délicieux petits vertiges métaphysiques. Cela permet en plus de brosser le portrait d’un personnage complexe qui a tout à voir avec cette idée géniale et qui travaille dans la célèbre zone 51, qui cache tout sauf des extraterrestres…En outre, la construction du livre, qui navigue entre trois époques – Moyen-Âge, 1947 et aujourd’hui – est très réussie, et les pages médiévales sont d’ailleurs de vrais bijoux d’évocation.

 

 Le seul hic, c’est que tous les points de suspension narratifs laissés dans la première partie du livre permettent, lorsque l’on prend un peu de temps pour les rassembler et y réfléchir, de deviner assez vite quelle est cette idée géniale et tordue, ce qui peut diminuer un peu la surprise finale…même si l’on est tout fier d’avoir résolu l’énigme !

 

Malgré ce petit élément, qui m’a déçue en même temps que ravie, Le livre des morts est un excellent thriller, original, très bien construit, bien écrit…et qui m’a décidée à me jeter sans plus tarder sur le Livre des âmes, sa suite, qui m’a l’air elle aussi savoureuse !

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  • : Carolune lit
  • Carolune lit
  • : Prof de français et fille de libraire, autant dire que je suis tombée dans la marmite des livres étant petite !
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