Vendredi 18 novembre 2011 5 18 /11 /Nov /2011 11:56

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       En cette saison d'arrivée du froid et des virus qui l'accompagnent, rien de tel pour se requinquer qu'un bon polar ésotérique au coin du feu (ou du radiateur électrique en ce qui me concerne, mais c'est tout de suite moins fantasmatique...), non ?

 

La Fondation Stern, ses chefs-d'œuvre et ses secrets vous ouvrent leurs portes... Depuis qu'elle a été licenciée du Louvre, Valentine n'a plus de restauratrice d'art que le nom. Loin des œuvres des grands maîtres, elle est désormais réduite à redorer des croûtes et à gâcher son talent. C'est du moins l'avis du mythique Elias Stern, collectionneur d'art de renommée internationale, qui décide d'embaucher la jeune femme au sein de sa fondation. Car il sait que seule Valentine pourra restaurer le palimpseste qu'il vient d'acquérir... et peut-être révéler ainsi un texte interdit du XIIIe siècle qui a valu à son auteur - Vasalis - de finir sur le bûcher. A mesure qu'elle se penche sur ces pages maudites, c'est tout un monde que Valentine découvre. Confrontée aux érudits de l'illustre Sorbonne comme aux pires trafiquants d'art, elle comprend qu'elle a mis le pied dans une fondation à l'image de son créateur : puissante, mystérieuse, et qui semble tirer toutes les ficelles...

 

       Ooh, que voilà des ingrédients attirants ! Et cette impression se confirme dès les premières pages : un peu de Sorbonne, un peu de bibliophilie érudite, style Neuvième Porte, un peu de techniques de restauration de livres anciens, de coulisses du marché de l'art et de mystères historiques, et bien sûr un suicide mystérieux pour lancer la machine... De quoi se promettre une bien bonne soirée ! Les cent premières pages sont donc vraiment prenantes, tournant autour d'un mystérieux codex médiéval étant en réalité un palimpseste d'un obscur penseur censuré par l'Eglise, Vasalis... L'intrigue est bien menée, bien construite, cohérente. Les personnages, introduits peu à peu et présentés à des moments judicieux, sont bien campés, à commencer par Valentine, jeune restauratrice d'oeuvres d'art au passé sombre, et Elias Stern, ancien dieu du marché de l'art...

     Le milieu du livre me semble un peu plus mou (mais je suis vraiment rétive aux scènes d'action "modernes" dans ce genre de livres, alors je suis assez mauvaise langue sur ce point...), et j'avoue avoir passé vite sur l'intervention d'armoires à glace menaçantes... J'aurais voulu rester toujours penchée sur ce vieux manuscrit, à en déchiffrer les secrets...Et fort heureusement, Cardetti propose une fin elle aussi bien construite, un enchaînement haletant qui clôt l'intrigue...comme toujours, difficile à ce stade d'en dire plus !


      En un mot, un très bon moment de lecture...Je reviendrai à Cardetti, d'autant qu'il est lui-même un spécialiste d'histoire et de langue italiennes, autant dire qu'il a de quoi envelopper son livre d'un très agréable vernis d'érudition là où d'autres auteurs de thrillers de ce type semblent parfois se contenter d'une page Wikipedia : c'est agréable et instructif ! 

Par Carolune - Publié dans : Thrillers
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Jeudi 21 juillet 2011 4 21 /07 /Juil /2011 17:48

 

  

pocket

 

   Après avoir été épatée par l’écriture et la singularité de La délégation norvégienne d’Hugo Boris, j’ai bien sûr sauté sur l’occasion lorsque Newsbook a proposé un partenariat avec les éditions Pocket concernant la sortie en poche de Je n’ai pas dansé depuis longtemps, du même auteur. Merci donc au site et à l’éditeur !

     Ivan est désigné pour être le premier homme à rester plus de quatre cents jours en orbite autour de la Terre. Un homme ordinaire, marié, père de deux enfants, quitte la planète. Tandis que l'Empire soviétique plonge dans le chaos, il tourne sans fin. Pour lui, le Soleil se lève et se couche seize fois par jour. Au fil du temps, il perd le sommeil, l'odorat, le goût. Sa colonne ne le porte plus. Sa raison vacille. Il s'entraînait depuis des années, l'esprit entièrement tendu vers le cosmos. Maintenant, il n'a d'yeux que pour la Terre. Elle lui manque comme une femme.

    Comme dans La délégation norvégienne, j’ai été tout d’abord frappée par le style à la fois chirurgicalement travaillé et très poétique d’Hugo Boris. L’impression est celle d’une sorte de sécheresse mêlée à une douceur du regard, c’est très singulier et surtout très beau… C’est ainsi que les premières pages sonnent immédiatement avec une grande originalité, alors même qu’elles traitent d’un motif assez banal : les adieux à la famille. Dès le début on sait que l’on ne sera jamais dans le cliché, ni dans le style facile aux grosses ficelles de bien des livres actuels, et quel bonheur de ressentir cela !

    Cela a en outre l’immense mérite de rendre très dense et très originale la première partie du roman, qui sans ce style aurait couru le risque de paraître un peu poussive, puisqu’il s’agit des premiers moments d’Ivan en orbite – cela dit, la profusion et la précision des détails techniques (appareillages, conséquences physiologiques de la vie dans l’espace, gestion du quotidien dans la capsule Soyouz puis dans la station Mir…) est telle que cela aurait, même sans style, donné une entrée en matière passionnante et très documentée…mais là, en plus, cet amas de détails devient objet littéraire, et cela force l’admiration…

     Et puis surtout, une fois les premiers temps passés, on suit l’usure de ces hommes enfermés dans leur capsule, et en particulier, bien sûr, celle d’Ivan. Le temps marqué dans les marges – orbite 1 à orbite 6798 – prend alors tout son sens, on partage avec les membres de l’équipage une sorte de vertige pesant (ça a d’ailleurs été un vrai soulagement de retrouver une datation « terrestre » à la fin du livre !)…et la station Mir devient une sorte de monstre technique étouffant…jusqu’à ce que, par un épisode aussi spectaculaire qu’émouvant et symbolique, Ivan redevienne un homme et qu’il prenne la première place du roman, en développant une nostalgie amoureuse de la terre…Et à nouveau Hugo Boris déploie un style incroyablement juste et évocateur, qui donne lieu à de vrais moments d’émotion esthétique et littéraire…

     En un mot : Hugo Boris est un vrai écrivain, singulier, qui travaille un style unique et souple – celui de La délégation norvégienne est ainsi très différent de celui de Je n’ai pas dansé depuis longtemps – et qui mérite infiniment d’être découvert ! Pour ma part, son premier roman, Le baiser dans la nuque, rejoint illico ma table de chevet…

 

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Par Carolune
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Dimanche 3 juillet 2011 7 03 /07 /Juil /2011 10:19

 

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New York, mai 2009. Six morts violentes se succèdent en quelques jours. Les victimes n'ont aucun point commun, hormis d'avoir reçu quelques jours plus tôt une carte postale de Las Vegas, avec, inscrite dessus, une simple date, celle du jour de leur mort. Très vite, la presse s'empare de l'affaire, et celui qu'elle surnomme « Le tueur de l'Apocalypse» a tôt fait de semer la psychose dans la ville. Désorientées par l'absence d'indices, les autorités se tournent vers Will Piper, ancien profiler d'élite, dont la carrière a brutalement été interrompue à la suite d'un drame personnel. Lorsque de nouvelles cibles reçoivent à leur tour des cartes postales leur indiquant le jour de leur mort, Will va tout mettre en oeuvre pour empêcher le tueur d'agir à nouveau. Mais les noms des victimes sont déjà dans Le Livre des morts… L'enquête de Will ne va pas tarder à prendre un tournant complètement imprévu pour le mener au coeur des secrets les mieux gardés du gouvernement américain. Une mission confidentielle de Winston Churchill en 1947 auprès du président Truman, un monastère sur l'île de Wight, Area 51 : autant de pièces d'un puzzle machiavélique, que Will devra résoudre pour faire triompher la vérité. Avec cet ouvrage à la construction remarquable et à l'intensité dramatique époustouflante, Glenn Cooper manipule le lecteur et nous offre un thriller envoûtant, idéal pour les amateurs de suspense, les passionnés d'histoire, et pour tous ceux qui aiment les livres qu'on ne peut pas lâcher.

 

A force d’en entendre parler sur la toile, j’ai fini par me laisser tenter par Le livre des morts de Glenn Cooper… j’avais lu des avis trèèès enthousiastes, et d’autres plus mitigés, et j’ai fini par avoir envie de me faire ma propre opinion sur ce thriller ésotérique, genre dont je raffole mais qui m’a également souvent déçu, selon ses auteurs…

 

Le livre s’ouvre comme un thriller classique sur les serial killers : plusieurs meurtres, un rituel intriguant – ici, des cartes postales comportant le dessin d’un cercueil et la date de la mort de l’intéressé. L’enquête est confiée à un sympathique profiler du FBI, personnage classique de flic vieillissant mais séduisant, habituel et efficace. Il est, comme il se doit, flanqué d’une jeune acolyte qui se révèlera de plus en plus séduisante. Jusque là, rien ne démarque le Livre des morts du bon thriller de plage aussitôt lu, aussitôt apprécié, aussitôt oublié.

 

Sauf que…le scénario entier repose sur une idée absolument géniale, qui fait la synthèse entre le thriller et l’enquête ésotérique, et qui occasionne en plus chez le lecteur de délicieux petits vertiges métaphysiques. Cela permet en plus de brosser le portrait d’un personnage complexe qui a tout à voir avec cette idée géniale et qui travaille dans la célèbre zone 51, qui cache tout sauf des extraterrestres…En outre, la construction du livre, qui navigue entre trois époques – Moyen-Âge, 1947 et aujourd’hui – est très réussie, et les pages médiévales sont d’ailleurs de vrais bijoux d’évocation.

 

 Le seul hic, c’est que tous les points de suspension narratifs laissés dans la première partie du livre permettent, lorsque l’on prend un peu de temps pour les rassembler et y réfléchir, de deviner assez vite quelle est cette idée géniale et tordue, ce qui peut diminuer un peu la surprise finale…même si l’on est tout fier d’avoir résolu l’énigme !

 

Malgré ce petit élément, qui m’a déçue en même temps que ravie, Le livre des morts est un excellent thriller, original, très bien construit, bien écrit…et qui m’a décidée à me jeter sans plus tarder sur le Livre des âmes, sa suite, qui m’a l’air elle aussi savoureuse !

Par Carolune - Publié dans : Thrillers
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Lundi 13 juin 2011 1 13 /06 /Juin /2011 17:34

 

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«Il y a beaucoup de...

- De quoi ?

- De points de suspension. Vous auriez peut-être dû finir vos phrases, Céline.

- Comment cela, finir mes phrases, monsieur Denoël ?

- Je veux dire... à la place des points... vous auriez pu mettre des mots, combler les trous.

- Vous savez à qui vous parlez ? À un rescapé de l'enfer. Un troufion qui n'aura pas assez de toute une vie pour évacuer le traumatisme de la Grande Guerre : un pas, un obus, un pas, un obus... La terre transformée en écumoire... Le copain décapité au milieu d'une phrase... Partout des corps tronqués... Des cris coupés... Des lèvres qui s'agitent, des tympans qui explosent... Les trois points, carrez-vous bien ça dans votre pauvre cervelle de comptable, c'est pour être lu et compris par des hommes troncs...»

Une bande d'amis soude son destin autour d'un chef-d'oeuvre, Voyage au bout de la nuit, et de son auteur, Louis-Ferdinand Céline, chef de meute envoûtant et tonitruant. Témoins des bons et des mauvais jours, Marcel Aymé, Gen Paul, Robert Le Vigan, Lucette Almanzor, Max Hardelot vont accompagner Céline jusqu'au terme de son ténébreux parcours.

 

Lorsque NewsBook a proposé un partenariat consacré au roman Céline’s band, d’Alexis Salatko, j’ai bien sûr sauté sur l’occasion…et merci infiniment à eux et aux éditions Robert Laffont de m’avoir exaucée !

 

Ce livre est un vrai coup de cœur, car il est très réussi sur le plan biographique – Céline est présenté d’une manière à la fois complexe et vivante – et très astucieux sur le plan narratif : le livre est en effet centré sur le personnage d’un jeune homme nerveux et en rupture avec le monde qui se réfugie chez sa marraine dont le mari, Max Hardelot, a fait partie du « Céline’s band ». Ce personnage de Max, haut en couleurs (comme sa femme d’ailleurs) va partager ses souvenirs de Céline avec le jeune homme. Lui et sa femme viennent en effet de perdre leur fils et sont abasourdis de douleur, et l’arrivée du jeune homme va permettre à Max de sortir un peu la tête de l’eau. D’autre part, les angoisses du jeune homme vont entrer en résonance avec celles qui habitent la vie de Céline, d’une manière subtile, jamais didactique, et cela suggère avec finesse que Céline a peut-être bien beaucoup de choses à nous dire…

 

J’ai vraiment beaucoup apprécié cette astuce narrative, qui rend la biographie de Céline très vivante, très gouailleuse, tout en donnant vie à des personnages profonds et attachants. Max va partager avec le narrateur ses souvenirs d’amitié avec Céline, mais aussi évoquer la période de l’occupation, les rapports difficiles de Céline avec son art et avec les femmes, la misanthropie qui gagnera peu à peu Céline après son exil, la difficulté générale à fréquenter ce personnage compliqué et pas forcément agréable…mais aussi des questions plus délicates comme celles de son antisémitisme qui sont présentées à la fois dans toute leur complexité et dans toute leur honte.  On croise également, dans les récits de Max, Marcel Aymé, soutien indéfectible de Céline durant toute sa vie.

 

Bref, je trouve dans ce petit roman une très bonne introduction, très vivante, très généreuse et pas hagiographique pour un sou, à l’œuvre et au personnage de Céline. Le style est très agréable et travaillé, ce qui ne gâche rien. Un bon livre, donc, à lire tant pour le plaisir que pour s’instruire…

 

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Par Carolune
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Dimanche 5 juin 2011 7 05 /06 /Juin /2011 14:39

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Antiquolâtre que je suis, j’ai postulé il y a quelque temps pour le livre Peur sur Lutèce de Patrick Demory, un amateur d’Antiquité romaine et de reconstitutions grandeur nature. Merci donc avant tout à Blog o Book et aux éditions Calleva pour avoir eu la gentillesse de me donner l’occasion de lire ce livre !


Lutèce, capitale des Gaules, janvier 358 de l'ère chrétienne.

Victorieuses des envahisseurs alamans, les légions du César Julien passent un hiver de repos sur les bords de la Seine. Le César lui-même a été rejoint par son épouse, Hélène, qui porte en son sein un enfant, peut-être un futur empereur.

Mais même au plus froid de l'hiver, peut-on jamais trouver la paix ? Dans les faubourgs de la cité des Parisii, des jeunes femmes agonisent dans d'atroces souffrances, victimes d'une maladie étrange. Sortilège ou empoisonnement ? Magie noire ou complot ? Comme celle du César, toutes ces femmes étaient enceintes...


 

Alors…ce n’est pas un coup de cœur, mais pas une déception non plus.

 

Ce n’est pas un coup de cœur, comme souvent, en raison du style vraiment plat à mon goût, trop appliqué, trop peu expressif, le « style neutre» du polar actuel qui malheureusement me donne de plus en plus souvent envie d’abandonner ce genre de lecture… Comme souvent, les ficelles et structures narratives sont mille fois vues…mais je l’ai déjà dit mille fois aussi sur ce blog, donc je m’arrête là en ce qui concerne le style.

 

Mais je n’ai pas non plus été déçue tout simplement parce que l’intrigue, elle, est intéressante, bien ficelée, et réveille des thèmes qui ne peuvent que faire réagir : un peu de complot politique, un peu de sorcellerie, tout cela dans une intrigue générale qui menace la vie de femmes enceintes. Le personnage de Marcus Pius est également intéressant, flegmatique et rationnel mais pas insensible, à la fois courageux et plein de moments de doute. Bref, une recette assez classique mais efficace et attachante.

 

Cela dit, je pense que l’intérêt majeur du livre réside dans la reconstitution soignée de la Lutèce romaine. J’ai particulièrement apprécié tous les éléments touchant à la vie quotidienne ou à la médecine. On sent que l’auteur a accompli avec passion un énorme travail de documentation…ce qui rend ce livre sincère et honnête, malgré ses petites faiblesses : le souvenir que me laisse Peur sur Lutèce est donc plutôt positif !

 

Par Carolune - Publié dans : Polars
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