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17 février 2011 4 17 /02 /février /2011 13:50


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           ...Je dois le plaisir de la lecture de ce livre à Livraddict et aux éditions Calmann-Lévy: merci beaucoup à eux !


            Au cours d’une vie, seuls quelques instants sont décisifs. 

            L’existence de Frank Mackey bascula par une nuit de décembre 1983. Il avait dix-neuf ans et attendait Rosie Daly au bout de sa rue, à deux pas du halo brumeux et jaune du réverbère. L’air était froid comme du verre, chargé d’un délicieux parfum de houblon brûlé venu de la brasserie Guinness. Ils avaient prévu de fuir ensemble leur quartier natal dublinois, pour vivre d’amour et de musique à Londres. Mais cette nuit-là, Frank patienta en vain. Rosie ne le rejoignit pas.
           Vingt-deux ans plus tard, devenu flic spécialisé dans les missions d’infiltration, Frank vit toujours à Dublin. Il a coupé les ponts avec sa famille et n’a jamais eu de nouvelles de son premier amour. Puis un jour, sa sœur l’appelle, affolée : on a retrouvé la valise de Rosie dans un immeuble désaffecté de Faithful Place. Forcé de revenir chez les siens, Frank revisite son passé, ses blessures de jeunesse, et toutes ses certitudes : Rosie est-elle jamais partie ?


            Les lieux infidèles se présente d’abord comme un polar, dont le narrateur est Franck Mackey, qui, devenu un infiltré, se met à enquêter a posteriori sur la disparition de son amour de jeunesse, Rosie. On le suit dans ses hypothèses, ses doutes, avec un naturel et une fluidité très agréables. Ses découvertes se prolongent sur un autre événement tragique, sur lequel il enquêtera de loin, d’une manière particulière puisque cet événement va toucher sa propre famille… Cet aspect policier du livre est agréable : l’enquête est plutôt bien rythmée, et la position d’outsider de Franck par rapport à elle – il surveille l’avancée des enquêteurs pratiquement à titre privé - crée un point de vue original sur les faits.


Mais ce que j’ai le plus apprécié dans ce livre est son aspect social : il s’agit en effet d’une très belle plongée dans les quartiers ouvriers de Dublin, à Faithful Place. Cet univers est décrit sans concession, d’une manière très dure – alcoolisme, pauvreté, relations difficiles dans les familles – mais sans aucun misérabilisme, un peu à la Ken Loach. Du coup, on partage complètement les sentiments complexes de Franck à l’égard de cet univers : il l’a fui, mais s’en est nourri ; il voulait tenir sa petite fille à distance de sa famille, mais n’est pas si mécontent que cela du fait qu’il l’ait découverte malgré lui… Rosie, son amour de jeunesse, symbolise un peu la beauté franche et simple que le narrateur a trouvée dans ce monde-là, tout en le rejetant totalement en raison du désespoir qu’il dégage… Bref, j’ai trouvé dans ce livre une belle fresque sociale, subtile, évocatrice… La fratrie Mackey, notamment, est très touchante.

Tous les personnages sont très réussis, à la fois complexes et naturels ; la difficulté de leurs relations et l’amour qu’ils se portent est très bien suggéré, sans aucune lourdeur.

 

Finalement, si Les lieux infidèles est estampillé « polar », j’ai trouvé que ce livre était avant tout un très beau roman social, réussissant à créer des atmosphères très justes dont l’impression persiste bien après la lecture : c’est vraiment sur cet aspect que le talent de Tana French est le plus évident et le plus original, l’intrigue policière en elle-même n’étant pas exceptionnelle, même si elle est intéressante. Je vais donc surveiller avec attention cette jeune auteure, et m’empresser de lire La mort dans les bois et Ecorces de sang...

 

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13 février 2011 7 13 /02 /février /2011 17:11


           Dans le cadre du Challenge « Regarde ce que tu lis » proposé par Nodreytiti sur Livraddict, un petit mot sur deux œuvres que  j’adore : Dracula par Bram Stoker, et par Francis Ford Coppola…


Le livre…

 

 

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Aaah, ce livre, je l’ai lu et relu, et c’est toujours un plaisir… Il raconte l’histoire de Jonathan Harker, un jeune clerc de notaire anglais, qui est envoyé dans les Carpates pour finaliser une importante transaction immobilière (la vente d’une abbaye londonienne et d’autre terrains) auprès du Comte de Dracula, après la défection de son prédécesseur, qui a mystérieusement sombré dans la folie… Il arrivera bien sûr chez qui l’on sait, et, après un accueil royal quoique surprenant (un festin l’attend, mais son hôte a bien sûr, « déjà mangé »), il découvrira petit à petit que le comte n’est pas le charmant gentleman qu’il paraît être… C’est d’abord le journal de voyage de Jonathan que nous lisons, avant de lire des pages du journal de sa fiancée, puis des journaux de recherches de différents médecins qui se retrouveront également dans l’affaire… Il s’agit donc d’un roman à plusieurs voix, sans aucune narration extérieure, et cette polyphonie est tellement bien maîtrisée qu’elle vaut à elle seule la lecture.

Si Mina a un rôle à jouer, c’est parce que sa meilleure amie, Lucy, va être victime des attaques du Comte, et aussi parce que c’est un magnifique personnage féminin, sensible, subtil, rationnel, auquel Bram Stoker accorde une très grande place…j’y vois toujours une splendide marque de féminisme !

Les autres personnages sont également passionnants, et notamment le groupe de médecins et de scientifiques qui vont se pencher d’abord sur le cas de Lucy, puis s’attaquer directement à Dracula. A leur tête se trouve le génial et truculent Van Helsing, médecin à l’esprit aigu, anticonformiste, généreux et bourru…


Je ne veux pas en dévoiler plus sur l’histoire elle-même – soit vous la connaissez, soit vous m’en voudrez de trop en révéler ! – mais Dracula est vraiment un grand roman, dense, magnifiquement écrit, et très instructif sur beaucoup de points de la société anglaise de la toute fin du XIXè siècle, de la place de la femme aux évolutions de la médecine et de la psychiatrie.  


Le film…

 

 

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Là encore, une oeuvre culte pour moi ! Coppola s’est attaché à suivre de près le roman de Stoker – le titre qui apparaît au générique est d’ailleurs Bram Stoker’s Dracula -, tout en modifiant certains aspects pour rendre l’œuvre plus contemporaine, surtout en ce qui concerne la relation entre Dracula et Mina : je vais y revenir.


Mais d’abord : quelle beauté ! ça c’est du cinéma comme je l’aime : il y a un travail splendide sur l’image – au tout début par exemple, avec les guerriers empalés montrés en ombres chinoises sur fond rouge, emprunt à Kurosawa -, sur les ambiances… Tout est soigné et somptueux, on sent à chaque plan le plaisir et la générosité du réalisateur... Les images sont d’un romantisme (et parfois d’un érotisme) enivrant…


L’adaptation du scénario est elle aussi très réussie : tous les éléments du roman sont repris, avec quelques modifications bien senties, qui, je trouvent, rapprochent le spectateur contemporain de l’oeuvre. Le film prend par exemple un aspect historique, avec une scène dans l’un des premiers cinémas de Londres, Coppola rendant ainsi hommage aux pionniers de cet art…

Mais la modification principale touche, comme je le disais, la relation entre Dracula et Mina : là où le roman de Stoker insiste sur le fait que Dracula est finalement une âme damnée à laquelle il faut offrir la paix, Coppola propose une autre lecture, tout aussi passionnante, du personnage, en faisant de Mina la réincarnation de l’amour de sa vie, qui s’est suicidée pendant les guerres contre les Turcs parce qu’elle croyait son mari mort : découvrant cela, Dracula a renié Dieu, se faisant un vampire – et bon sang (sans jeu de mots !), que la scène d’ouverture du film, consacrée à cet épisode, est sublime !! : Mina devient du coup un personnage plus ambigu, plus fragile aussi, et plus important car elle sera la principale actrice de la « délivrance » de Dracula.


Pour ne rien gâcher, le film est servi par des acteurs absolument magnifiques, avec un coup de cœur spécial pour Winona Ryder, qui passe en un instant de la candeur à la damnation, et Anthony Hopkins, splendide en Van Helsing…sans parler bien sûr de Gary Oldman, stupéfiant dans les différents visages du Comte...

 

 

 


Deux œuvres d’un romantisme fou, à lire et/ou voir absolument !

 

 

 

 

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9 février 2011 3 09 /02 /février /2011 14:50

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Une équipe d'archéologues massacrée en pleine jungle amazonienne... Les caisses contenant leurs découvertes acheminées au Muséum d'histoire naturelle de New York... et oubliées dans un sous-sol.

Quelques années plus tard, le musée annonce une exposition consacrée aux superstitions et croyances mystérieuses des peuples primitifs. Mais les préparatifs sont troublés par une série de crimes aussi sanglants qu'inexplicables.

Le criminel : un homme ou une entité inconnue ?

Une menace terrifiante hante les couloirs et les salles du Muséum, un meurtrier d'une force et d'une férocité inouïes. On parle même d'un monstre. De quoi éveiller la curiosité d'Aloysius Pendergast, du FBI, expert en crimes rituels...

J’avais déjà parlé ici de la Chambre des Curiosités, et décidément, ma boulimie des Preston & Child se confirme ! J’ai décidé de lire dans l’ordre toute la série des enquêtes d’Aloysius Pendergast : Relic est la première.

L’intrigue est vraiment très simple : mais qui donc, au Muséum d’histoire naturelle de New York, massacre des gens, boulotte leur cervelle et laisse traîner leurs intestins sur les escaliers alors qu’une énorme exposition sur les superstitions doit s’ouvrir ? Oui, oui, ça fait intrigue de série B (et d’ailleurs l’adaptation ciné m’a l’air d’être un « chef d’œuvre » du genre, en plus y’a même pas Pendergast dedans…bouh…), mais comme toujours, tout est là pour rendre les choses ultra-prenantes : le journal de voyage mystérieux qui ouvre le roman, les passages pleins d’explications scientifiques sur l’ADN des geckos ou les coutumes de peuples amazoniens reculés, la présence toujours aussi charmante de Pendergast, un style sans défauts, et un génial art du suspense. Les personnages qui seront repris dans les tomes suivants sont déjà bien en place : on croise William Smithback, par exemple, le journaliste audacieux mais mal dégrossi, ou Margo Green, la charmante étudiante surdouée de l’un des pontes du Muséum, ou bien sûr le lieutenant d’Agosta, le flic irrévérencieux mais généreux…sans parler de Pendergast, qui a déjà toute sa classe, tout son décalage, toute son érudition, même s’il est dans Relic un personnage assez secondaire.

Alors, oui, ces personnages semblent un peu cliché ("semblent" seulement : ils sont réellement singuliers et attachants), oui, l’intrigue apparaît peu passionnante…mais Preston & Child ont le talent de vous balader dans le Muséum comme si vous y étiez, et de vous raconter des histoires comme on raconte des histoires aux enfants, en faisant tout ce qu’on peut pour leur faire plaisir et/ou peur…Et qu’est-ce que c’est bon !!

 

            Et pour le plaisir, une des première salves de Pendergast, qui vient de se prendre le bec avec la direction du Muséum… :


       Pendergast hocha la tête.

-          Messieurs, Madame, j’ai bien l’honneur de vous saluer.

Sur quoi il tourna les talons et quitta la pièce sans un mot. Après avoir calmement refermé la porte derrière lui, il s’arrêta un instant au secrétariat, puis, en regardant la porte, il cita ces vers :


Adieu ! J’aurai reçu, sans les avoir volés,

Trois fois les coups de bâton que j’ai donnés.

 

La secrétaire de Wright d’arrêta net de mâcher son chewing-gum.

-          Qu’est-ce que vous dites ?

-          Rien, c’est du Shakespeare, dit Pendergast en filant vers l’ascenseur.

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8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 16:30

 

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Dan Yack commence comme une parabole et s'achève comme un lamento : Le Plan de l'Aiguille et Les Confessions de Dan Yack furent d'abord publiés séparément avant d'être réunis par Blaise Cendrars. Ce livre de dissonances vire sans cesse du burlesque au tragique, de la violence au rire, du drame à la pantomime. Quant à Dan Yack, ce milliardaire anglais au nom bizarre, il échappe à la saisie. D'abord présenté à la manière de Charlot, il ressurgit sous les traits d'un héros en proie au mal du siècle. Dans le tourbillon des aventures qui l'emportent à travers le monde, une question pourtant ne le quitte pas : est-il possible de changer sa vie ? Et à quel prix ? Dan Yack reste le plus secret des grands romans de Blaise Cendrars, celui qui touche au plus brûlant, au plus intime.


Une merveille littéraire, que je dois à Blog-o-Book et aux éditions Folio, que je remercie !


Dan Yack correspond en fait à l’assemblage de deux œuvres à l’origine publiées séparément, Le Plan de l’Aiguille et Les Confessions de Dan Yack. Dans la première partie, Le Plan de l’Aiguille, donc, on suit ce personnage dans ses déambulations désordonnées : dans un bar de Saint-Pétersbourg – il vient y noyer son chagrin après que sa bien-aimée l’a quitté pour un prince -  il rencontre ses futurs compagnons de voyage pour une expédition improvisée vers le Pôle Sud : il leur promet de créer sur une île déserte une colonie de quatre personnes seulement. Puis, ses compagnons étant tous morts ou devenus fous, il finira par fonder une ville exclusivement masculine. Une intrigue de roman d’aventures loufoque, donc, suivi d’une introspection tout aussi loufoque dans Les Confessions de Dan Yack : cette fois, notre aventurier se trouve non loin du Plan de l’Aiguille (oui, les titres sont à l’avenant de l’ensemble de l’œuvre, dans le désordre), vers Chamonix et tient le journal de ses pensées et aventures…


 Cela suffirait bien sûr à faire un livre extraordinaire, mais l’immense force de ce livre est surtout dans son style.

…Dès la première ligne, en effet, on est saisi par la langue, poétique, vive, de Cendrars,  avec le sentiment fantastique de n’avoir jamais rien lu d’aussi évocateur, d’aussi désordonné aussi, mais dans le meilleur sens du terme : j’ai eu souvent la sensation assez curieuse que mon cerveau était à la fois déstabilisé et porté à lire plus loin ; la langue de Cendrars, pourtant si singulière, agit comme une drogue dont on veut toujours plus… Dan Yack est finalement un gigantesque poème en prose, que l’on peut lire à la manière d’un roman, mais aussi rouvrir de temps en temps au hasard pour se laisser happer par la force des images et le rythme de la langue.

Un petit exemple – quoiqu’il faudrait citer tout le livre pour lui rendre justice ! - :


« Les tringles dorées qui maintenaient le tapis rouge lui poignardaient le cerveau, douloureuses comme des dards, et chaque marche se dérobait sous son pas comme un tremplin qui s’écroule. »


C’est une œuvre sublime, qui permettra de découvrir l’immense écrivain et poète qu’est Cendrars, et dont je me sens finalement bien incapable de rendre compte…  mais ce dont je suis certaine, c’est que c’est de l’immense littérature !

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4 février 2011 5 04 /02 /février /2011 14:46

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Lorsque Ethan Muller, propriétaire d'une galerie, met la main sur une série de dessins d'une qualité exceptionnelle, il sait qu'il va enfin pouvoir se faire un nom dans l'univers impitoyable des marchands d'art. Leur mystérieux auteur, Victor Cracke, a disparu corps et âme, après avoir vécu reclus près de quarante ans à New York dans un appartement miteux. Dès que les dessins sont rendus publics, la critique est unanime : c'est le travail d'un génie. La mécanique se dérègle le jour où un flic à la retraite reconnaît sur certains portraits les visages d'enfants victimes, des années plus tôt, d'un mystérieux tueur en série. Ethan se lance alors dans une enquête qui va bien vite virer à l'obsession.

 

…Je suis plusieurs fois tombée sur des critiques très élogieuses de ce roman au hasard de mes balades bloguesques, et n’ai pas pu résister à la tentation de le lire. Je ne dirai pas plus, en guise de résumé, que ce l’éditeur en dit, thriller oblige, mais ce livre, souvent présenté comme un incontournable, m’a offert un bon moment de lecture.

 

C’est au premier abord un thriller bien écrit : quel plaisir de rencontrer un auteur qui cherche à peaufiner son propre style, vif et expressif, au lieu de pomper comme tant d’autres toutes les ficelles d’écriture du genre ! Il y a, du coup, des passages ciselés, vertigineux, que l’on relit plusieurs fois juste pour le plaisir des mots ; j’ai été épatée notamment par le moment où Ethan, le galeriste, regarde pour la première fois les dessins de Victor Cracke…

 

Le récit principal, celui de l’enquête autour des dessins découverts dans l’immeuble, est entrecoupé de flashbacks racontant l’histoire d’une famille depuis le XIXè siècle, qui vont apporter une autre dimension au livre, plus introspective, plus littéraire…

Et c’est là, je trouve, que se trouve la grande originalité de ce livre : Ethan – qui est aussi le narrateur de l’enquête, et c’est singulier puisqu’il est galeriste – va être l’objet d’une vraie réflexion sur l’identité, la superficialité, thèmes qui recoupent d’ailleurs celui de l’art. Du coup, les personnages sont peu nombreux et fouillés, les sujets de réflexion abordés nombreux et réellement exploités…

En fait, ce livre n’est pas tant un thriller qu’un roman, bien conçu et bien écrit, sur un homme qui voit petit à petit se fissurer toutes ses certitudes. D’ailleurs, bien vite, l’aspect thriller se voile un peu derrière des thèmes plus profonds : Les Visages n’est donc certainement pas, à mon sens, le« thriller de l’année »– ce n’est pas un livre à lire quand on a besoin d’enquêtes tordues et de jeux de pistes -, mais c’est en revanche le premier roman d’un jeune auteur au vrai talent littéraire, à suivre donc…

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1 février 2011 2 01 /02 /février /2011 19:11

A celle qui est trop gaie

 

Ta tête, ton geste, ton air
Sont beaux comme un beau paysage ;
Le rire joue en ton visage
Comme un vent frais dans un ciel clair.

Le passant chagrin que tu frôles
Est ébloui par la santé
Qui jaillit comme une clarté
De tes bras et de tes épaules.

Les retentissantes couleurs
Dont tu parsèmes tes toilettes
Jettent dans l'esprit des poètes
L'image d'un ballet de fleurs.

Ces robes folles sont l'emblème
De ton esprit bariolé ;
Folle dont je suis affolé,
Je te hais autant que je t'aime !

Quelquefois dans un beau jardin
Où je traînais mon atonie,
J'ai senti, comme une ironie,
Le soleil déchirer mon sein ;

Et le printemps et la verdure
Ont tant humilié mon coeur,
Que j'ai puni sur une fleur
L'insolence de la Nature.

Ainsi je voudrais, une nuit,
Quand l'heure des voluptés sonne,
Vers les trésors de ta personne,
Comme un lâche, ramper sans bruit,

Pour châtier ta chair joyeuse,
Pour meurtrir ton sein pardonné,
Et faire à ton flanc étonné
Une blessure large et creuse,

Et, vertigineuse douceur !
A travers ces lèvres nouvelles,
Plus éclatantes et plus belles,
T'infuser mon venin, ma soeur !

 

Baudelaire, Les Fleurs du Mal

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31 janvier 2011 1 31 /01 /janvier /2011 18:07

        le-cercle-de-la-croix-photo.jpg

 

 

 

   Université d'Oxford, 1663. Le professeur Grove est retrouvé mort dans son cabinet. L'autopsie est formelle : il y a des traces d'arsenic dans son foie. L'enquête conduit à l'arrestation de sa servante. Interrogée, elle est jugée, condamnée et exécutée. Que s'est-il réellement passé ce jour-là ? A ces questions quatre temoins apportent des réponses différentes et contradictoires. Le premier est Marco da Cola, médecin vénitien, qui se trouvait à Oxford au moment des faits. Son témoignage est contredit par celui de Jack Prestcott, fils d'un traître mort en exil, ainsi que par celui du Dr John Wallis, maître espion au service du pouvoir. Il faudra attendre le récit de John Wood, historien, pour entrevoir ce qui pourrait être la vérité.


          Quel plaisir que ce gros whodunnit à la sauce anglaise ! Ce roman malin et passionnant nous donne à lire successivement les témoignages de quatre personnages différents au sujet des mêmes événements : le meurtre du professeur Grove et l’exécution de sa servante suite à un procès ayant duré moins d’une heure.


              Cette construction en quatre parties distinctes, correspondant à autant de points de vue, n’est pas répétitive du tout, car les quatre personnages-témoins sont très différents les uns des autres et essaient chacun de faire avancer sa propre histoire : en plus de l’enquête sur la mort de Grove, il y a donc quatre mini-romans à lire, nous plongeant chacun dans des aspects différents de l’univers de l’époque… De plus, cette succession de quatre récits est un jeu pour le lecteur -  à lui de démêler les fils et de réfléchir pour trouver la vérité ! – en même temps qu’un piège : on passe 250 pages avec chaque témoin, donc pas mal de temps, et on finit par ressentir une certaine confiance envers son témoignage…parfois à tort ! Ce petit côté « piégeux » m’a vraiment beaucoup plu…


            Le Cercle de la croix est donc un polar malin, mais aussi un très beau roman historique : Iain Pears connaît bien son sujet et met en scène de nombreux aspects de l’univers du XVIIè siècle et de l’Angleterre de cette époque en particulier. On assiste par exemple aux balbutiements de la médecine expérimentale et  à des expériences astrologiques très poussées ; on écoute des débats entre empiristes et idéalistes, entre papistes et protestants, entre partisans du parlementarisme et tenants de l’absolutisme (la première révolution anglaise étant passée depuis peu…) ; on observe les conditions de vie de l’époque, entre les poux, la petite vérole et la bière amère brassée artisanalement dans des gargotes infernales… Tout cela, en plus, n’est jamais lourd, jamais trop didactique : les éléments historiques sont bien répartis entre les quatre témoins, l’aspect policier et l’aspect historique sont bien équilibrés.

            De la solution de l’énigme, je ne dirai bien sûr rien, mais je ne peux que vous encourager à lire ce livre ludique, malin, érudit, à la fois exigeant et accessible…à condition d’avoir quelques heures à lui consacrer !

 

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30 janvier 2011 7 30 /01 /janvier /2011 10:59

            Pour inaugurer ma participation au challenge « Regarde ce que tu lis » proposé par nodreytiti sur Livraddict, un cas particulier d’adaptation de livre en film puisque Eric-Emmanuel Schmitt a lui-même écrit et réalisé l’adaptation de son roman au cinéma : Oscar et la dame rose.

 

Le roman…

 

 

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              Oscar et la dame rose est un livre que j’ai beaucoup aimé. Il raconte les derniers jours de la vie d’un enfant leucémique…sujet difficile que Schmitt parvient à traiter avec beaucoup de grâce et de légèreté.

              A l’hôpital, Oscar rencontre une « dame rose » qui travaille pour une association d’accompagnement des enfants hospitalisés : c’est une vieille dame qui semble plutôt brutale, a un langage de charretier, dont Oscar apprécie la franchise…puisqu’il souffre de voir ses médecins et surtout ses parents le traiter avec distance et maladresse depuis qu’ils savent que sa mort est proche. Mamie Rose – c’est le surnom qu’il va lui donner – est la seule à sembler capable de parler franchement de la vérité avec Oscar, et il va donc demander à la voir tous les jours… Elle obtient l’autorisation de le visiter chaque jour pendant douze jours – Oscar comprend bien vite la tragique signification de ces « douze jours » d’autorisation – et lui propose un jeu : chaque jour comptera dix ans pour lui. Elle lui propose également d’écrire chaque jour une lettre à Dieu : ce sont ces lettres qui constituent le roman. On lit donc chaque jour les réflexions et progrès d’Oscar dans sa vie, dans une sorte de croissance et de maturation accélérée, et à chaque âge correspondent certains questionnements.

               Les personnages d’Oscar et de Mamie Rose sont magnifiques. Oscar va petit à petit s’apaiser – normal, il gagne dix ans de sagesse par jour !- , pendant que Mamie Rose va inventer mille ruses pour distraire Oscar tout en lui permettant de réfléchir sereinement sur sa situation. Par exemple, elle s’invente un passé de catcheuse et raconte à Oscar ses combats avec les redoutables Plum Pudding et  Téton Royal ! Cela donne des moments à la fois drôles – un faux combat de catch avec un vocabulaire de poissonnière, ça ne se manque pas ! – et bouleversants, car on voit Oscar avancer dans sa vie – il vit les affres sentimentales de l’adolescence, puis épouse Peggy Blue, une de ses voisines de chambre, puis rencontre le démon de midi et est bien content ensuite d’avoir passé la cinquantaine…  - en proposant une réflexion lumineuse sur la maturité.

            Ce tout petit livre – comptez une heure de lecture – est donc un petit bijou, drôle, bien écrit, profond et bouleversant…

 

Le film…

 

 

affiche-oscar.jpg


              

                Eric-Emmanuel Schmitt a choisi d’adapter lui-même son roman, et je pense que cela a permis de conserver intacte une bonne part de la poésie du livre, au prix de quelques transformations bien trouvées…

                L’action, qui dans le roman se passe de nos jours, est transposée dans une époque plus indéterminée, plus ancienne,  sans doute pour atténuer le côté trop cru qu’aurait donné dans le film la vision d’un hôpital contemporain. Une géniale infirmière-sorcière apparaît, jouée par Amira Casar. Cela crée un effet proche de ceux des contes – on ne sait ni quand ni où les choses se passent, mais tout nous est familier –, et c’est une bonne idée.

Schmitt a également trouvé une jolie astuce pour montrer les combats de catch de Mamie-Rose : ils se passent dans une petite boule à neige, dans la chambre d’Oscar, avec les commentaires de Mamie-Rose : là aussi, c’est très onirique et très réussi…


 

oscarbouleneige


               

La transformation que j’ai trouvée la moins intéressante est peut-être celle de Mamie Rose en livreuse de pizzas… c’est peut-être lié au fait que c’est Michèle Laroque, plus jeune que Mamie Rose (et que Danielle Darrieux qui l’avait incarnée au théâtre), qui l’incarne, et que, du coup, on s’attend à ce qu’elle ait une activité professionnelle…mais je n’ai pas vraiment saisi l’intérêt de cette modification.

               Mais c’est dans l’ensemble une adaptation très astucieuse, Schmitt a réussi à conserver la poésie de son livre en ajoutant des éléments merveilleux et oniriques dans son film…On sent qu’il a voulu avant tout préserver l’émotion que suscite son roman, en l’adaptant au langage cinématographique, et j’ai trouvé cela plutôt réussi, même si le film n’est pas aussi incroyablement bouleversant que le livre.

 

 

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29 janvier 2011 6 29 /01 /janvier /2011 13:32

      lathéoriedescordes

 

 

 

 

        Isolée sur un atoll de l'océan Indien, la fine fleur de la physique mondiale est en quête du Graal. Elle œuvre à un ambitieux projet fondé sur la théorie des cordes, qui permettrait d'ouvrir le temps. S'ils parviennent avec ravissement à contempler le passé de l'humanité - la crucifixion du Christ ou la terre à l'ère jurassique -, les scientifiques perçoivent rapidement que ce programme, financé par de mystérieux fonds privés, pourrait connaître des applications moins angéliques. Un drame conduit à la suspension immédiate des recherches, dispersant aux quatre vents les apprentis sorciers.
        Dix ans plus tard, clans une université de Madrid, Elisa Rohledo déplie un journal pour étayer une thèse de physique théorique. Une fraction de seconde lui suffit à comprendre qu'elle est en danger de mort.
        Aux côtés d'un confrère, depuis toujours intrigué par la modestie des aspirations professionnelles de la séduisante physicienne au regard de son cursus académique, Elisa et ses anciens acolytes retournent aux origines de la tragédie, sur cet îlot où ils avaient profané le temps.
        Intensité, profondeur, puissance narrative : José Carlos Somoza porte les énigmes de la physique au cœur d'un roman dont l'efficacité fait frémir.

 

         Je deviens décidément Somozaphile : après la génialissime Caverne des Idées, la Théorie des Cordes m'a également ébahie. Somoza s'y attaque, bien loin de la Grèce antique et du platonisme, à l'un des concepts les plus troublants de la physique théorique moderne : celle des cordes temporelles.

 

     Nul besoin, et heureusement pour moi, d'être un expert en physique quantique pour aborder ce livre encore une fois magistral et déroutant : le principe de la théorie des cordes nous est clairement présenté, même si c'est au prix de quelques vertiges cérébraux. Le roman tourne en effet autour d'un groupe de scientifiques qui est parvenu à ouvrir des cordes temporelles pour obtenir une vision du passé : la matière serait en effet constituée, au niveau quantique, de "cordes" contenant la mémoire de leurs états antérieurs, et que l'on pourrait "ouvrir" grâce à un accélérateur de particules pour visualiser ces états. Un voyage dans le temps strictement visuel, en quelque sorte. C'est sur cette idée qu'est construit le roman : Somoza va la développer jusqu'à ses conséquences ultimes, en mettant en scène des scientifiques qui vont jouer à ce jeu passionnant et, on s'en doute, dangereux.

 

      La structure du roman est diablement efficace. On s'attend bien sûr, avec un tel sujet, à des jeux sur la temporalité : deux époques servent de référence au livre, 2005  - époque des expérimentations sur l'île et des "ouvertures de cordes" - et 2015 - époque où les tragiques conséquences de l'expérience se multiplient et où ses participants retournent sur l'île pour essayer de résoudre le problème... et, de fait, le dialogue entre ces deux époques est très habilement mené, à la faveur notamment d'un très long flash-back en 2005 qui constitue un génial roman dans le roman - on en vient presque à oublier 2015. Le fait que l'on se situe, nous lecteurs, pile entre ces deux époques de référence est d'ailleurs assez troublant...

 

        Difficile ensuite d'en dévoiler plus sans gâcher les surprises de la lecture, mais ce livre est à nouveau un plaisir, avec des personnages complexes et attachants, un questionnement philosophique passionnant sur les développements de la science, un suspense (et des moments sanguinolents) digne des meilleurs thrillers, et des passages qui retournent délicieusement le cerveau...

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27 janvier 2011 4 27 /01 /janvier /2011 15:34

lejeudicestcitation

 

 

        ...Ce jeudi, un passage qui m'a interpellée dans La Théorie des cordes de Somoza (auteur que j'aime décidément de plus en plus !!), ma lecture en cours...Ces phrases sont prononcées par un professeur de physique théorique pour introduire son cours :

 

 

"Ce cours n'aura rien de joli. On ne parlera pas de choses merveilleuses, ni très extraordinaires. On ne fournira pas de réponses. Celui qui en cherche, qu'il aille à l'église ou au collège. Ce que nous allons voir ici, c'est la réalité, et la réalité ne propose pas de réponses et n'est pas merveilleuse".

 

 

 

 


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