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13 juin 2011 1 13 /06 /juin /2011 15:34

 

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«Il y a beaucoup de...

- De quoi ?

- De points de suspension. Vous auriez peut-être dû finir vos phrases, Céline.

- Comment cela, finir mes phrases, monsieur Denoël ?

- Je veux dire... à la place des points... vous auriez pu mettre des mots, combler les trous.

- Vous savez à qui vous parlez ? À un rescapé de l'enfer. Un troufion qui n'aura pas assez de toute une vie pour évacuer le traumatisme de la Grande Guerre : un pas, un obus, un pas, un obus... La terre transformée en écumoire... Le copain décapité au milieu d'une phrase... Partout des corps tronqués... Des cris coupés... Des lèvres qui s'agitent, des tympans qui explosent... Les trois points, carrez-vous bien ça dans votre pauvre cervelle de comptable, c'est pour être lu et compris par des hommes troncs...»

Une bande d'amis soude son destin autour d'un chef-d'oeuvre, Voyage au bout de la nuit, et de son auteur, Louis-Ferdinand Céline, chef de meute envoûtant et tonitruant. Témoins des bons et des mauvais jours, Marcel Aymé, Gen Paul, Robert Le Vigan, Lucette Almanzor, Max Hardelot vont accompagner Céline jusqu'au terme de son ténébreux parcours.

 

Lorsque NewsBook a proposé un partenariat consacré au roman Céline’s band, d’Alexis Salatko, j’ai bien sûr sauté sur l’occasion…et merci infiniment à eux et aux éditions Robert Laffont de m’avoir exaucée !

 

Ce livre est un vrai coup de cœur, car il est très réussi sur le plan biographique – Céline est présenté d’une manière à la fois complexe et vivante – et très astucieux sur le plan narratif : le livre est en effet centré sur le personnage d’un jeune homme nerveux et en rupture avec le monde qui se réfugie chez sa marraine dont le mari, Max Hardelot, a fait partie du « Céline’s band ». Ce personnage de Max, haut en couleurs (comme sa femme d’ailleurs) va partager ses souvenirs de Céline avec le jeune homme. Lui et sa femme viennent en effet de perdre leur fils et sont abasourdis de douleur, et l’arrivée du jeune homme va permettre à Max de sortir un peu la tête de l’eau. D’autre part, les angoisses du jeune homme vont entrer en résonance avec celles qui habitent la vie de Céline, d’une manière subtile, jamais didactique, et cela suggère avec finesse que Céline a peut-être bien beaucoup de choses à nous dire…

 

J’ai vraiment beaucoup apprécié cette astuce narrative, qui rend la biographie de Céline très vivante, très gouailleuse, tout en donnant vie à des personnages profonds et attachants. Max va partager avec le narrateur ses souvenirs d’amitié avec Céline, mais aussi évoquer la période de l’occupation, les rapports difficiles de Céline avec son art et avec les femmes, la misanthropie qui gagnera peu à peu Céline après son exil, la difficulté générale à fréquenter ce personnage compliqué et pas forcément agréable…mais aussi des questions plus délicates comme celles de son antisémitisme qui sont présentées à la fois dans toute leur complexité et dans toute leur honte.  On croise également, dans les récits de Max, Marcel Aymé, soutien indéfectible de Céline durant toute sa vie.

 

Bref, je trouve dans ce petit roman une très bonne introduction, très vivante, très généreuse et pas hagiographique pour un sou, à l’œuvre et au personnage de Céline. Le style est très agréable et travaillé, ce qui ne gâche rien. Un bon livre, donc, à lire tant pour le plaisir que pour s’instruire…

 

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5 juin 2011 7 05 /06 /juin /2011 12:39

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Antiquolâtre que je suis, j’ai postulé il y a quelque temps pour le livre Peur sur Lutèce de Patrick Demory, un amateur d’Antiquité romaine et de reconstitutions grandeur nature. Merci donc avant tout à Blog o Book et aux éditions Calleva pour avoir eu la gentillesse de me donner l’occasion de lire ce livre !


Lutèce, capitale des Gaules, janvier 358 de l'ère chrétienne.

Victorieuses des envahisseurs alamans, les légions du César Julien passent un hiver de repos sur les bords de la Seine. Le César lui-même a été rejoint par son épouse, Hélène, qui porte en son sein un enfant, peut-être un futur empereur.

Mais même au plus froid de l'hiver, peut-on jamais trouver la paix ? Dans les faubourgs de la cité des Parisii, des jeunes femmes agonisent dans d'atroces souffrances, victimes d'une maladie étrange. Sortilège ou empoisonnement ? Magie noire ou complot ? Comme celle du César, toutes ces femmes étaient enceintes...


 

Alors…ce n’est pas un coup de cœur, mais pas une déception non plus.

 

Ce n’est pas un coup de cœur, comme souvent, en raison du style vraiment plat à mon goût, trop appliqué, trop peu expressif, le « style neutre» du polar actuel qui malheureusement me donne de plus en plus souvent envie d’abandonner ce genre de lecture… Comme souvent, les ficelles et structures narratives sont mille fois vues…mais je l’ai déjà dit mille fois aussi sur ce blog, donc je m’arrête là en ce qui concerne le style.

 

Mais je n’ai pas non plus été déçue tout simplement parce que l’intrigue, elle, est intéressante, bien ficelée, et réveille des thèmes qui ne peuvent que faire réagir : un peu de complot politique, un peu de sorcellerie, tout cela dans une intrigue générale qui menace la vie de femmes enceintes. Le personnage de Marcus Pius est également intéressant, flegmatique et rationnel mais pas insensible, à la fois courageux et plein de moments de doute. Bref, une recette assez classique mais efficace et attachante.

 

Cela dit, je pense que l’intérêt majeur du livre réside dans la reconstitution soignée de la Lutèce romaine. J’ai particulièrement apprécié tous les éléments touchant à la vie quotidienne ou à la médecine. On sent que l’auteur a accompli avec passion un énorme travail de documentation…ce qui rend ce livre sincère et honnête, malgré ses petites faiblesses : le souvenir que me laisse Peur sur Lutèce est donc plutôt positif !

 

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19 mai 2011 4 19 /05 /mai /2011 13:25

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  Lorsque Livraddict a proposé un partenariat avec L’Autre Editions - et avant tout, merci beaucoup à eux ! - concernant L’Homme qui rêvait de John Marcus, et a assorti à sa proposition un avertissement sur le fait que ce livre n’était pas un roman mais un essai romancé et qu’il fallait donc s’attendre à une œuvre assez inhabituelle tant sur la forme que sur le fond, j’ai sauté sur l’occasion, étant un peu lassée ces temps-ci, dans mes lectures d’œuvres récentes, d’avoir l’impression de lire toujours le même auteur ou le même style, tant nombre de romans sont conçus comme des « produits » dont la moindre aspérité doit être gommée… Je n’ai donc pas hésité, d’autant que la quatrième de couverture avait de quoi allécher :

 

    « Une société meilleure est-elle possible ? Maintenant ? . » C’est en tout cas ce que pensait le sénateur Aristote avant d’être retrouvé sauvagement assassiné dans la célèbre villa Arabe, quelques jours à peine après l’annonce de la création du PIB, le nouveau Parti international du bien-être. Dans l’agitation qui suit la mort du vieux sénateur, candidat à l’élection présidentielle, la fine équipe du « 36, quai des Orfèvres », dirigée par le commissaire Delajoie, est aussitôt lancée sur la trace des meurtriers.

     Quelles relations pouvait bien entretenir le politicien avec un joueur invétéré de poker et un jeune trader londonien, eux aussi retrouvés à l’état de cadavres ? Quels puissants intérêts menaçait donc Aristote, celui que tous nommaient « L’utopiste du Luxembourg » ? Qui pouvait avoir peur des propositions originales énoncées dans son programme et des changements radicaux de société qu’elles auraient engendrés ?

    Traquant la main invisible du Marché, l’équipe du commissaire Delajoie entreprend alors un voyage insolite au coeur de l’économie politique. D’Adam à Lycurgue, de Sismondi à Gesell, d’Owen à Proudhon, de Veblen à Duboin, de Keynes à Sen, autant de témoins improbables qui aideront pourtant les policiers à comprendre le mobile des meurtres et à retrouver le ou les coupables.


      J’ai d’abord dû faire de gros efforts pour commencer le livre – j’ai dû m’y reprendre à plusieurs fois, mon premier réflexe ayant été à chaque fois de l’abandonner au bout d’une trentaine de pages. En effet, j’ai été gênée par le fait que, m’attendant à un livre peu commun, j’y trouve une forme peu originale : ainsi, comme les trois-quarts des thrillers contemporains - du moins j’en ai l’impression - , on a d’abord un prologue, qui propose ici une évocation cauchemardesque, en point de vue interne, du 36 quai des Orfèvres, et donne l’occasion d’une première rencontre avec le commissaire Delajoie. Ensuite, « comme d’habitude », le prologue est suivi de premiers chapitres proposant des focus sur des personnages différents, tous en action (combat de boxe et partie de poker qui se finissent mal – par deux meurtres ! -, approche furtive d’une villa de bord de mer et assassinat implicite…) dont on ne dit rien de plus pour créer une attente. Bref, l’impression d’une forme et d’un style déjà lus, exploitant les ficelles d’écriture de la plupart des thrillers, et cela m’a agacée – sans parler de phrases presque ridicules, du genre « L’amertume venait de plonger Ricky dans un sac de sel ».


      Inutile de préciser qu’après avoir passé cela j’étais, disons, dans une disposition moyenne à l’égard du livre…mais enfin l’enquête s’enclenche : il s’agit de comprendre les raisons de la mort d’un sénateur, Aristote, celui qu’on a assassiné implicitement au troisième chapitre – on établit d’ailleurs rapidement des liens entre les deux autres meurtres que concernaient les premier et deuxième chapitre, comme on pouvait s’y attendre. Très vite l’intrigue devient politique ; Aristote était en effet à la tête d’un « Parti international du bien-être », dont les principes menaçaient le fonctionnement de la société : c’est la raison de son assassinat, et c’est aussi le prétexte que prend John Marcus pour disséquer les rouages économiques de notre monde.

 

      C’est là que le livre devient intéressant, d’abord par la manière dont la fiction prend en charge la réflexion – John Marcus imagine ainsi certaines instances comme le « Théâtre de l’Opinion », qui ont un petit parfum de science-fiction à la Orwell que j’ai apprécié – mais aussi par la clarté et le naturel des explications économiques et politiques. Cela est rendu d’autant plus efficace (mais peut-être d’autant moins éternel ?) par des allusions à des éléments concrets de notre monde et de notre époque : adresses, institutions, émissions de télévision…

 

        Finalement c’est donc un livre plutôt séduisant et en tout cas honnête, mais je regrette infiniment son aspect « thriller » qui affaiblit l’ensemble à mon goût par son manque d’originalité.

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13 mai 2011 5 13 /05 /mai /2011 15:47

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Eeeenfin, Pendergast est de retour ! Je remercie d’ailleurs très vivement les éditions de l’Archipel de m’avoir proposé de m’envoyer le dernier volume de ses aventures, sorti début mai ! Ce dernier opus, Fièvre mutante, nous permet en outre d’aborder l’inspecteur génial sous un angle plus personnel, ce que ses groupies ne manqueront pas d’apprécier…


Les fans du brillant et excentrique agent du FBI Aloysius Pendergast l'ignoraient : il avait été marié avant de perdre sa femme lors d'un safari, en Afrique - sous les crocs d'un lion. Douze ans après le drame, Pendergast découvre qu'il ne s'agissait pas d'un accident, comme il le pensait jusque-là, mais d'un meurtre...

Qui pouvait en vouloir à Hélène ? Pourquoi a-t-elle été tuée ? Épaulé par son fidèle Vincent D'Agosta, de la police de New York, Pendergast n'aura de cesse de résoudre l'énigme.
Mais connaissait-il si bien Hélène ? Il l'avait rencontrée lors d'une exposition consacrée au peintre naturaliste Audubon. Elle semblait s'intéresser à un dessin quasi inconnu du maître. Hélas pour Pendergast, d'autres personnes sont à la recherche de ce même dessin. Une chasse au trésor et une course-poursuite commencent alors, dans une histoire où le chasseur pourrait bien être en même temps le gibier.

Après avoir affronté son propre frère, Diogène, Pendergast va se retrouver face à un ennemi machiavélique.

 

Après Valse macabre, que j’avais trouvé en demi-teinte, Preston et Child nous reviennent en très grande forme ! Je crois avoir dévoré Fièvre mutante en moins de vingt-quatre heures, avec une tension qui va crescendo et se complique délicieusement…


On avait déjà entendu parler, dans les tomes précédents, d’Hélène, la femme que Pendergast avait perdue lors d’un tragique accident de chasse. Là, le lecteur est ravi d’en connaître plus sur elle – l’épouse de Pendergast est forcément un personnage hors du commun. L’intrigue est lancée lorsque Pendergast comprend, grâce à une de ces fines déductions dont il partage le secret avec Sherlock Holmes, que sa mort n’a pas été accidentelle. Pendergast invite donc son ami d’Agosta, policier de son état et personnage de plus en plus subtil et attachant au fil des volumes, à l’accompagner dans son enquête sur le meurtre de sa femme.


Comme toujours alors, les auteurs savent se montrer généreux : on voyage beaucoup dans ce livre, de l’Afrique à la Louisiane, et les éléments de l’intrigue oscillent toujours entre le scientifique et le spectaculaire : j’ai trouvé particulièrement passionnante l’intrigue autour des œuvres du peintre animalier Audubon et d’un étrange tableau qu’il aurait peint…

Pendergast continue à épater, avec son intelligence, son élégance, son érudition et, ici, son sens diabolique de la manipulation – une certaine scène à la fin du livre m’a carrément fait penser au Silence des Agneaux, Pendergast devenant une sorte de Hannibal Lecter, en plus positif disons…


Bref, encore une fois avec Preston et Child, j’ai l’impression géniale d’être un enfant à qui l’on raconte une histoire palpitante, avec des personnages attachants, des idées scénaristiques bluffantes, des thèmes scientifiques passionnants. Si je devais résumer l’impression que me font ces deux auteurs en un mot, ce serait : générosité. Ce sont des auteurs qui se creusent la tête pour offrir un lecteur un immense plaisir de lecture.


Un seul bémol peut-être au sujet de la traduction du titre : Fièvre mutante, ça fait vraiment série B et ce n’est peut-être pas engageant pour ceux qui n’ont pas encore rencontré Pendergast. Mais c’est vraiment mineur par rapport aux heures de lecture délicieuses que vous promet ce livre !

 

Je me suis d'ailleurs mise à relire la "trilogie Diogène", ensemble de trois volumes des aventures de Pendergast que je n'ai pas encore chroniqués sur mon blog...cela ne saurait tarder ! Et j'en profite pour mettre à jour la liste de mes articles consacrés à ce cher Aloysius, que vous trouverez à la fin de cet article : Clic ! 

 


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27 avril 2011 3 27 /04 /avril /2011 09:24


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Blog o Book a récemment proposé en partenariat avec les éditions JBz et Cie la lecture de la biographie d’un des pionniers de l’hypnose et de l’hypnothérapie en France, Hippolyte Bernheim, par une de ses descendantes, Cathy Bernheim. J’ai donc eu le plaisir de recevoir ce livre – merci à BoB et à l’éditeur – qui me tentait particulièrement : toute littéraire que je suis, j’ai un faible pour l’histoire des sciences, et celle de la médecine en particulier.


Hippolyte Bernheim est un des plus grands neurologues français de la fin du XIXe et du début du XXe siècle.

Ses travaux ont été essentiels dans le domaine de la psychothérapie et de l’hypnose. Pour lui, l’hypnose est susceptible de faciliter certaines applications thérapeutiques. Opposé aux thèses de Charcot, les hypothèses de Bernheim ont eu une grande influence en Europe, particulièrement en Allemagne, mais aussi aux États-Unis. Au début du XXe siècle, il est considéré comme le plus grand psychothérapeute d’Europe.

Cette biographie, rédigée par son arrière petite-nièce, rend hommage à un chercheur qui a beaucoup influencé Sigmund Freud et qui, après sa mort en 1940, a été injustement oublié, mais dont les thèses sont depuis une dizaine d’années remises au goût du jour par les neurologues contemporains (mentalisme), notamment dans le domaine des addictions.

 

Cathy Bernheim nous raconte donc la vie de son ancêtre, en prenant toujours soin de resituer les événements dans leur contexte : c’est l’un des (nombreux !) points positifs de ce livre, qui est un vrai ouvrage de vulgarisation et qui manifeste donc constamment le souci de permettre au lecteur de mesurer les enjeux de ce qu’il lit. On aborde ainsi de nombreux aspects du foisonnement politique et culturel du XIXè siècle, au prisme de la vie de ce génial médecin nancéien : on croise des peintres impressionnistes, on suit l’évolution des hôpitaux, des soins, et de la conception de la maladie et des malades, on est renseigné sur le système éducatif de l’époque… L’auteure se montre généreuse en anecdotes et explications en tous genres, et c’est très agréable ! (J’ai particulièrement aimé l’histoire de la femme qui plaide le « charme hypnotique » de son amant quand ce dernier a assassiné son mari et qu’elle a été accusée de complicité…)


La biographie en elle-même est très fouillée, on suit Bernheim pas à pas dans ses années de formation, sa carrière de médecin (d’abord spécialisé dans les maladies du cœur) et son passage progressif à l’hypnose et aux sciences de l’esprit. Ses rencontres avec les grandes figures du monde médical de l’époque sont présentées : on croise ainsi Charcot, avec lequel Bernheim entrera en désaccord au sujet de l’analyse de l’hystérie, mais aussi un autre pionnier de l’hypnothérapie, Thiébault. C’est donc une riche et passionnante galerie de portraits qui nous est offerte en plus du récit de la vie d’Hippolyte Bernheim. Agréable et instructif !


…Et d’ailleurs je tiens à m’excuser auprès de Cathy Bernheim de m’être méfiée d’un éventuel caractère trop familial, trop sentimental de cette biographie… il n’est est rien, c’est un livre passionnant, bien documenté, bien écrit, et qui permet de réhabiliter une figure importante et méconnue de l’histoire de la médecine !

 

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27 avril 2011 3 27 /04 /avril /2011 09:05

 

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Premier Noël en famille pour le commissaire Duncan Kincaid, sa compagne, le sergent Gemma James, et leurs deux fils respectifs. Vacances aussi attendues que redoutées dans la ferme des parents de Duncan au coeur du pittoresque Cheshire. Mais le froid, la neige et le brouillard qui ensevelissent les canaux alentours masquent mal les tensions. Surtout après la découverte du cadavre momifié d’un enfant, scellé dans le mur d’une vieille grange. Tandis que le couple vient en aide à la police locale, un nouveau meurtre bouleverse la communauté. Loin d’être idyllique, le paradis d’enfance de Duncan recèle de bien sombres mystères, menaçant ce que le couple a de plus cher au monde…


Comme dans les romans d’Elizabeth George ou de P.D. James, les secrets de famille sous-tendent l’intrigue complexe de ce suspense psychologique impressionnant.


Bon, autant le dire tout de suite, mon avis sera loin d’être enthousiaste… j’ai postulé pour ce livre parce que j’apprécie particulièrement les polars « psychologiques » où il n’y a pas seulement une enquête, mais aussi une manière de mettre les personnages face à leurs doutes, leurs contradictions, leur passé, un peu comme dans les  Lieux Infidèles de Tana French que j’avais beaucoup apprécié.


Mais je ne suis pas du tout entrée dans Une eau froide comme la pierre. Je crois même que je n’ai jamais dû lire plus d’une trentaine de pages d’affilée, le comble pour un polar ! J’ai trouvé les personnages très « attendus », ou plutôt, j’ai eu l’impression de les avoir déjà croisés mille fois (Kit et Lally les ados en crise, Gemma le gentil petit bonhomme de 5 ans, la sœur de Kincaid, Jules, qui fuit la tyrannie masculine en devenant entrepreneur en bâtiment…), et du coup je me suis beaucoup ennuyée lors du déballage de leurs relations et sentiments respectifs – alors même que cela constitue l’essentiel des cent cinquante premières pages du roman, découverte du corps momifié d’un enfant mis à part.


Cet aspect a été d’autant plus gênant pour moi que ce sont ces ressorts familiaux et relationnels qui font avancer l’action et la résolution de l’intrigue suite à un second meurtre. En fait, c’est la banalité, le côté déjà-vu de toutes ces relations qui m’a beaucoup gênée…je comprends très bien que l’on puisse avoir envie de faire un livre qui s’appuie là-dessus, mais j’aurais eu besoin pour apprécier cela d’une vision plus personnelle, plus intime, moins banale des choses – et je renouvelle la comparaison avec les Lieux infidèles, dont le parti-pris est assez semblable.


Bref, j’ai eu l’impression que ce livre n’avait pas grand’chose à dire, ou qu’en tout cas il ne disait que des choses déjà mille fois vues ailleurs – et mieux dites, car Deborah Crombie a un style très plat que l’on retrouve dans des milliers de polars par les temps qui courent, ce que je regrette beaucoup. Cela donne l’impression d’avoir entre les mains plus un « produit » qu’une œuvre d’art : des relations familiales auxquelles chaque lecteur peut s’identifier, un style sans aspérités, une morale sauve… tout cela donne un livre qui peut servir - au mieux -  à passer le temps…


Mais malgré tout, merci beaucoup aux éditions du Livre de Poche et à Livraddict !

 

 

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13 avril 2011 3 13 /04 /avril /2011 13:41

 

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J’avais parlé il y a quelque temps du livre Médecin des morts de Philippe Charlier, médecin-légiste expert en examen et décryptage de squelettes et restes humains en tous genres, qui, dans ce livre, partageait son expérience de paléopathologiste. J’ai poursuivi cette passionnante lecture avec un autre des ses ouvrages, plus pointu et spécialisé : Male mort, Morts violentes dans l’Antiquité.

Le sujet de ce livre ne pouvait que m’intéresser, puisque j’ai eu l’occasion de travailler au cours de mes études sur la question du suicide et des châtiments violents dans l’Antiquité grecque et romaine…mais ce livre peut intéresser bien des curieux, même s’il demande peut-être une certaine familiarité avec ces civilisations.


C’est clairement un ouvrage scientifique, moins vulgarisé que Médecin des morts, mais qui a la très bonne idée de combiner plusieurs approches différentes – littéraires, historiques, et bien sûr paléopathologiques. L’auteur cite de larges extraits, souvent truculents ou émouvants, d’auteurs anciens, fait la part belle à l’épigraphie funéraire. Il organise son propos grâce à une typologie des morts violentes – homicides, suicides, peines capitales, sacrifices religieux, catastrophes naturelles, maladies, accidents, morts d’enfants, et enfin « mort après la mort », ou conjuration des âmes des revenants – prenant toujours soin d’éclairer le sens et les enjeux des différentes pratiques.


On apprend, du coup, énormément de choses -  par exemple, comment les Vestales étaient emmurées vivantes, comment les Grecs se prémunissaient du retour des âmes des morts, quelles furent les conséquences du grand incendie de Rome, ce que fut en réalité (même si on cherche encore…) la « Peste d’Athènes » -, bref, on aborde sous l’angle du concret quelques unes des images les plus marquantes de l’Antiquité. Le versant plus scientifique du livre permet de se renseigner un peu sur les pratiques de l’archéologie, sur les questions qu’elle se pose, sur ses méthodes, tout cela avec de nombreuses photographies, dont certaines sont étonnamment "vivantes" et bouleversantes, par exemple celle-ci, qui nous montre les squelettes d'un couple et un enfant enlacés, morts durant un séisme à Kourion : 

 

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Même si c’est un ouvrage assez spécialisé que seuls les mordus  lpeut-être liront en entier, Male mort peut donc se laisser parcourir et picorer pour avoir une vision originale et très concrète – donc très émouvante – du monde antique.  On sent en plus à chaque page le goût de Philippe Charlier pour les auteurs anciens : les antiquisants apprécieront. Enfin, on y découvre que les Grecs avaient le goût de l’humour, et en particulier de l’humour noir…Charlier nous rapporte certaines « blagues » prises dans le Philogelos, un recueil de plaisanteries antiques !


Un petit exemple – humour très grinçant, vous êtes prévenus, à vrai dire je trouve ça franchement horrible mais c'est tellement inattendu, ces blagues à l'antique – tiré du chapitre sur les morts d’enfants :

C’est un intellectuel qui est professeur de sport. On lui dit un jour qu’un élève est malade, le lendemain qu’il a de la fièvre, et le jour suivant il apprend de son père qu’il est mort. « C’est ça, s’écrie-t-il, vous trouvez toujours de bonnes excuses pour empêcher vos enfants de s’instruire ! »

 

Et pour finir d'une manière moins glaçante, une épitaphe d'enfant que j'ai trouvée sublime :

 

 Voyageur qui t'en vas marchant d'un pas pressé, arrête, je t'en prie, au milieu du bosquet, sans dédaigner ces vers qui s'offrent à tes yeux.

            J'ai vécu douze années, chez les hommes, et deux jours. J'ai connu et appris Pythagore et les Sages et, dans les livres, lu les vers sacrés d'Homère. Sur mon boulier, j'ai appris tous les calculs d'Euclide. je me suis fait plaisir et j'ai beaucoup joué, turbulent que j'étais...

            Maintenant je m'en vais vers l'infernal séjour, vers le fleuve Achéron, sous les noires clartés des astres du Tartare. J'ai quitté de la vie les promesses superbes. Adieu, Espoir, Beauté, allez tromper quelqu'un d'autre ! Je n'ai plus désormais rien à voir avec vous. Ici, c'est l'éternel séjour. Et c'est là que je suis, que je serai toujours !

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11 avril 2011 1 11 /04 /avril /2011 08:12

 

 

au dela du mal

 

 

Je viens d’achever la lecture de l’’une des références précoces du thriller – le livre date des années 70, bien avant la vague des thrillers sur les serial killers, dont j’ « entendais » beaucoup parler sur la blogosphère : L’Âme du mal de Shane Stevens, beau pavé de presque 900 pages qui se sont faites compter sur la fin…


À 10 ans, Thomas Bishop est placé en institut psychiatrique après avoir assassiné sa mère. Il s'en échappe quinze ans plus tard et entame un périple meurtrier à travers les États-Unis. Très vite, une chasse à l'homme s'organise : la police, la presse et la mafia sont aux trousses de cet assassin hors norme, remarquablement intelligent, méticuleux et amoral. Les destins croisés des protagonistes, en particulier celui d'Adam Kenton, journaliste dangereusement proche du tueur, dévoilent un inquiétant jeu de miroir, jusqu'à un dénouement captivant. A l'instar d'un Hannibal Lecter, Thomas Bishop est l'une des plus grandes figures du mal enfantées par la littérature contemporaine, un héros " terrifiant pour lequel on ne peut s'empêcher d'éprouver, malgré tout, une vive empathie. Au-delà du mal, épopée brutale et dantesque, romantique et violente, à l'intrigue fascinante, constitue un récit sans égal sur la façon dont on fabrique un monstre et sur les noirceurs de l'âme humaine.


En entamant ma lecture, j’ai clairement ressenti la même admiration que beaucoup pour ce livre : il début en effet par une centaine de pages absolument géniales et remarquablement écrites sur les parents de notre serial killer, Thomas Bishop, qui m’ont rappelé certains grands romans américains, secs et efficaces. La lecture de ces cents pages justifierait presque à elle seule de se plonger dans ce livre.


L’étape suivante, c’est-à-dire la « naissance » de Thomas Bishop comme tueur en série, est elle aussi remarquable : on suit de l’intérieur cet être machiavélique, extrêmement intelligent, totalement névrosé (on s’en doute …) dans ses machinations toutes plus géniales les unes que les autres pour s’évader d’un hôpital psychiatrique puis commencer son « œuvre ». Là encore, c’est du grand art. Tout cela est habilement entremêlé de passages sur le rôle de la presse ou le débat sur la peine de mort, donnant au livre une résonance historique très intéressante.


J’ai en revanche été un peu déçue par la seconde moitié du roman, c’est-à-dire par la chasse à l’homme organisée par la police, puis par un journaliste, pour arrêter Thomas Bishop qui devient de plus en plus insaisissable. Plusieurs intrigues sont alors mises en parallèle, d’une manière au début intéressante puis assez répétitive, jusqu’au final qui est, pour le coup, à couper le souffle mais qui arrive peut-être un peu tard. A cela s’ajoutent quelques maladresses de style, dont un recours trop fréquent et trop balisé à mon goût au discours narrativisé, qui a l’avantage d’épouser les réflexions des différents acteurs mais crée à la longue une certaine lourdeur.


Bref, je comprends très bien la place particulière de ce roman dans l’histoire du thriller et son caractère novateur dans le traitement des serial killers, sans le placer pour autant comme certains parmi les chefs d’œuvre de la littérature contemporaine.

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31 mars 2011 4 31 /03 /mars /2011 12:12

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Vers la fin du XIXe siècle, un conférencier socialiste s’endort. Divagant, promenant son esprit jusque dans la belle campagne anglaise du XIVe siècle, il rencontre quelques paysans, un ancien soldat, un prêtre rebelle. Ces hommes sont prêts à se battre ; mais, cette fois, ce ne sera pas pour leurs seigneurs, mais contre eux. John Ball, le curé qui sert de guide à ces rebelles, résume la pensée de tous en quelques mots : « Quand Adam bêchait et qu’Eve filait, où était alors le gentilhomme ? ». À leur manière, chacun de ces deux hommes se retrouve perdu dans un monde qui ne lui correspond pas. La discussion entre ces deux révoltés, portés par le même amour des hommes, se prolongera toute la nuit.


Le livre s’ouvre sur une présentation du personnage de John Ball, ecclésiastique révolutionnaire de la fin du XIVème siècle anglais, qui paya ses désirs de liberté et de justice sociale en finissant écartelé, et qui n’a laissé aucun écrit. Un rêve de John Ball, œuvre du XIXè siècle, met en fait en scène une rencontre onirique d’un socialiste de ce XIXè siècle avec ce personnage de John Ball – ce dernier étant devenu alors un héros de la révolte sociale. Comme dans L’âme humaine et le socialisme de Wilde, chez le même éditeur, la présentation est claire, bien écrite, et donne des clés de lecture efficaces sans trop en dévoiler…une excellente mise en appétit !


Vient ensuite l’œuvre proprement dite, dont le principe m’a beaucoup séduite : là où Novalis rêve d’une fleur bleue et de paysages mélancoliques quand il s’endort, le socialiste de William Morris, lui, dialogue avec un idéaliste du passé dans un cadre bucolique…cela m’a fait penser à Socrate qui se balade les pieds dans l’eau au début du Phèdre de Platon, puis propose d’aller discuter de la création et de l’amour à l’ombre d’un grand arbre : j’adore quand les idées éclosent dans de beaux cadres ! Et j’aime aussi l’idée que rappelle Joël Chandelier dans sa présentation et qui constitue le moteur du livre : « celle qu’il existe une continuité dans l’histoire, une communauté entre les hommes des temps passés, présents et futurs, permettant une comparaison entre les époques et l’inscription de la lutte politique dans un mouvement d’ensemble. »

 


Notre socialiste rêve donc qu’il se réveille en plein XIVème siècle, et ne le comprend qu’en croisant un chevalier. Les descriptions qui sont faites de ce monde ancien sont sublimes, idéalisées, et l’œil circule vraiment comme dans un rêve, avec une grande douceur, partagé entre un étonnement fugace et une observation perçante des choses.


Il va, on s’y attendait, tomber sur une réunion de révolutionnaires qui veulent entrer en résistance contre les collecteurs d’impôts, et il rencontrera, en suivant ces hommes, John Ball, le prêtre révolté, dont l’ »apparition » et la harangue qu’il tient face au peuple constituent d’ailleurs des pages magnifiques – même si le lien qu’il fait entre la justesse de la révolte contre les riches et la justesse de la foi sonne un peu creux, en tout cas à mes oreilles… La bande prendra les armes, et John Ball et notre rêveur auront alors une longue conversation sur les sacrifices à faire à la lutte pour la liberté ; John Ball interrogera enfin le narrateur sur les temps à venir, dont il vient, au cours d’une longue conversation douce-amère qui donne à Morris l’occasion de développer ses thèses socialistes.

Cette longue rêverie politique est un enchantement par sa forme, par son écriture limpide, et est porteuse de nombreuses idées fortes, même si certaines paraissent un peu éculées – le lien de la lutte pour la justice et de la religion, notamment.


Un Rêve de John Ball est donc une très, très belle découverte, un livre curieux, qui pourrait en  agacer certains par son idéalisme, mais qu’il ne faut pas hésiter à lire et partager en ces temps troubles !

 

Merci infiniment, donc, à Livraddict pour le partenariat, et aux Editions Aux Forges de Vulcain pour leur généreux envoi, puisque l'éditeur a eu la très grande gentillesse de m'offrir, en plus de Un Rêve de John Ball, Larrons de François Esperet et L'Amitié d'Emerson, que je chroniquerai très bientôt ! 

 

 

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31 mars 2011 4 31 /03 /mars /2011 07:21

 

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Avant toute chose, merci à Blog o Book et aux éditions Folio !


"Il était une fois un assassin. Il était une fois une victime. Il était une fois une ville apparemment encline à favoriser leur rencontre. " Que se passerait-il si le cruel Croquemitaine ressuscitait ? Et Dracula ? Et Barbe-Bleue ? Pire encore, imaginons le Chat botté, non plus au service du marquis de Carabas, mais comme un impitoyable serial killer, obsédé par l'infirmité. Et si Blanche-Neige, " lèvres rouges comme la rose, cheveux noirs comme l'ébène, et blanche comme neige ", n'était pas l'innocente que nous présentent les frères Grimm ? Après Les contes de crimes, Pierre Dubois détourne de nouveau les contes de fées. Il nous en offre une version tour à tour drôle et terrifiante, nourrie d'un vocabulaire ensorcelant où l'extrême noirceur se combine au raffinement.


Bon, le parti-pris du livre est clair : réécrire des contes à la sauce noire. Plusieurs sont traités dans ce recueil : Le Chat botté, l’histoire des musiciens de Brême, Barbe-bleue… Pierre Dubois s’attaque aussi à d’autres personnages mythiques de la littérature comme Dracula et Sherlock Holmes.


Au départ, ce principe de base me plaisait beaucoup – j’ai un faible pour les détournements de contes – mais j’ai été très vite déçue. J’avais compris, en lisant des critiques sur Pierre Dubois sur Internet avant de me décider à postuler pour ce partenariat,  que cet auteur misait avant tout sur le travail du style et de la langue, ce qui n’était pas pour me déplaire.


Mais c’est justement sur ce point que je n’ai pas adhéré au projet : le style est travaillé avec lourdeur et application, les mêmes ficelles stylistiques reviennent tout le temps – répétitions, jeux sur la synonymie, élision des articles pour « faire proverbe », alexandrins blancs, périphrases à chaque ligne…- et les références se multiplient sans tellement d’intérêt. Autant je vénère les grands stylistes, autant j’ai beaucoup de mal avec le style « artificiel », qui applique toutes les astuces scolaires. Et cela m’a énormément gênée dans ma lecture, que j’ai finalement accélérée car j’avais pratiquement l’impression de lire une copie d’élève, excellente, certes, mais qui ne respirait pas le naturel et surtout, et là je deviens méchante, qui n’avait pas grand’chose à dire ou à faire sentir…

 

Bref, je n’en jette plus, mais mon histoire avec Pierre Dubois s’arrêtera malheureusement là.

 

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